Le 30 décembre 2008, Monsieur Paul Biya, Président du parti-Etat RDPC et Président de la république,a procédé à la nomination des membres du Conseil électoral,du Directeur Général et du Directeur Général adjoint de ELECAM, organisme charge en principe de la gestion des élections au Cameroun. II s’agit d’un acte d’une extrême gravite pour l’évaluation des perspectives politiques du pays, et le destin de ses citoyens.
Face à cet événement, la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination fait les observations ci-après :
La Commission rappelle que la création de cette institution, en 2006, était déjà une réponse aux pressions croissantes des bailleurs des fonds et des principaux partenaires multilatéraux et bilatéraux du Cameroun.
Comme d’habitude, le régime après avoir suffisamment traîne les pieds, déployé moult manœuvres dilatoires, et dépêche des missions de complaisance à l’étranger pour le seul plaisir d’enrichir quelques hauts fonctionnaires serviles, s’était résolu à accoucher d’une loi scélérate, aux allures de défiance à la logique et ä la morale démocratique.
SUR LE FOND
En dépit de quelques dispositions prescrivant l’indépendance des membres devant assurer la gestion de cette institution, Paul Biya a comme il en a l’habitude, foule aux pieds ses propres engagements pris dans le cadre de la loi de création de 2006, et a nomme des membres corrompus de son parti. Les membres sont pour la plupart des caciques endurcis des instances du parti-Etat, de son comite central et de son Bureau politique.
Quant aux personnalités tenant lieu de représentants de la société civile, elles sont loin de satisfaire les exigences d’intégrité morale et de probité au regard de la réputation établie dans l’opinion. Par ailleurs, le Directeur et le Directeur Adjoint sont des agents patentes notoires du régime qui ont pour chacun, administre la preuve de leur zèle, de leur vassalité, et de leur dédain par rapport aux idéaux de changement démocratique, de bonne gouvernance, de promotion des libertés, et de transparence électorale.
EN CONCLUSION
La Commission réitère, pour la compréhension des camerounais, des amis du Cameroun et des partenaires étrangers, sa position selon laquelle, le régime en place au Cameroun depuis 26 ans, est une continuité sous une forme aggravée, du régime néocolonial, obscurantiste, liberticide et suicidaire construit par la France en 1960 sur le sang des patriotes, et conduit par le potentat Amadou Ahidjo. II n’y a rien ä en attendre et surtout pas le changement démocratique par la voie d’élections libres et transparentes.
La Commission observe, qu’en dépit de l’accumulation des signes avant-coureurs des perspectives sombres ä plus ou moins brève échéance, le régime s’enferme dans la logique de fa force, de la fuite en avant, et de la provocation. Aucun enseignement ne semble avoir été tiré ni du soulèvement populaire spontané de février 2008 qui fit des dizaines de morts, ni de la récente prise du pouvoir en république de Guinée Conakry dont la parallèle avec le Cameroun est pourtant évident.
[ad#co-1]
Dans ce contexte, et face ä un régime incapable de s’effacer de lui-même ou de créer les conditions d’un changement institutionnel pacifique, la Commission invite les citoyens camerounais ä la vigilance, pour éviter une dérive vers la désintégration définitive de la République et la guerre civile, que préfigure la surenchère d’une clique de prédateurs nostalgiques baptises élites du Grand Nord.
La Commission met en demeure aussi bien l’Union européenne que d’autres partenaires attitrés, de ne pas financer la mascarade d’ELECAM, par respect pour la dignité et l’intégrité morale du peuple camerounais. Un éventuel financement ne servirait aujourd’hui, qu’à renforcer un régime liberticide et autocratique contraire aux exigences de bonne gouvernance, et en totale Opposition avec tous les instruments conventionnels internationaux qui constituent la base de l’articulation et de la consécration des principes universels.
La Commission prends date, et consigne, pour les tribunaux de la postérité, au nom de la société civile dont elle se reconnaît, du refus de Paul Biya de faire entrer la Cameroun dans la modernité, et de sa volonté explicite, de précipiter le pays dans le doute, les ténèbres, l’anarchie, et la révolution dont personne et surtout pas lui, ne maîtrise les tenants et les aboutissants.
Fait à Yaoundé, le 02 janvier 2008
Le Président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination
© Correspondance de : SHANDA TONME











