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ELECAM: Comment Biya a roulé les diplomates

paul-biya1Face au corps diplomatique hier mardi, le chef de l’Etat n’a pas cru bon d’expliquer ce qu’il a fait d’Elecam.

Dans les pourparlers engagés par le gouvernement camerounais avec la délégation des ambassadeurs des pays de l’Union européenne (Ue) au Cameroun, dans le cadre du dialogue politique structuré, la mise en place d’Elections Cameroon (Elecam) constituait l’un des points cardinaux. Au cours de la deuxième séance ordinaire pour l’année 2008 qui a eu lieu dans la salle des actes du ministère des Relations extérieures, le sujet avait été réinscrit à l’ordre du jour, selon une recommandation de la session ordinaire du dialogue politique structuré du 31 juillet 2008. Le 24 décembre donc, Xavier Pouyol, le chef de la délégation de l’Union européenne au Cameroun, avait vivement exprimé ses appréhensions “ sur la possibilité d’une mise en place efficace dans les délais des organes de Elecam ”. En fait, Xavier Pouyol, conscient de l’apport financier considérable que devait consentir l’Ue pour la mise en place de ce processus, semblait s’inquiéter à juste titre, non pas de l’incapacité des dirigeants camerounais à tenir leurs engagements à ce propos, mais plutôt des écueils qui pourraient découler “ d’une mise en place mal négociée ”, pour reprendre le commentaire d’un diplomate européen.
D’une manière générale, la plupart des chefs des missions diplomatiques de l’Ue membres de la plate-forme du dialogue politique structuré semblaient redouter que le chef de l’Etat camerounais ne fasse la part belle à son camp, au mépris de la recherche de l’intérêt général que lui recommande sa fonction.

Tricherie politique ?
Au regard des textes signés par Paul Biya mettant en place les dirigeants du conseil électoral d’Elecam, les craintes légitimes que semblaient exprimer certains ambassadeurs européens qui prennent part au dialogue politique structuré apparaissent réelles. Un diplomate européen joint au téléphone n’a pas hésité à parler de “ tricherie politique”, en constatant que la plupart des responsables nommés au Conseil électoral d’Elecam sont des hauts responsables en poste soit au bureau politique soit au comité central du Rdpc, parti au pouvoir, et dont l’actuel président de la République est le président national.
Déjà le 19 août 2007, au lendemain des élections législatives et municipales de juillet 2007, trois représentations diplomatiques (Usa, Pays-Bas et Grande-Bretagne) avaient relevé dans un communiqué conjoint que le Cameroun venait de rater là une occasion “ pour continuer de construire la confiance publique dans le processus électoral au moment même où le Cameroun porte ses regards sur la prochaine élection.” Ces diplomates précisaient que “ la mise sur pied, le plus tôt possible, d’une commission électorale indépendante constitue une étape essentielle dans ce processus, étant donné que seule une institution véritablement indépendante permettra aux citoyens d’avoir une confiance totale dans le processus démocratique. ” Aujourd’hui, l’insistance de l’Ue rentre dans la même logique, celle de voir Elecam ressembler à une véritable institution neutre.

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Plus est, même les membres du “ Parti des flammes ” approchés par Le Messager ne manquent pas en coulisses d’étaler leur embarras par rapport au choix de Paul Biya. C’est le cas de ce haut cadre du Comité central qui s’exprime sous anonymat pour des raisons évidentes. “ On peut déjà se féliciter du fait que le chef de l’Etat ait respecté les délais de mise en place d’Elecam. Maintenant, pour ce qui est des nominations des responsables devant conduire cette structure, il y a quelques ressentiments que l’on pourrait exprimer. Le président à ses raisons. Il sait pourquoi il a nommé ces gens. On lui accorde la bonne foi. Ce qui gêne c’est que le parti peut sortir quelque peu fragilisé de ce processus. L’opinion publique nationale et internationale, et même les partenaires internationaux au développement du Cameroun, peuvent soupçonner le Rdpc de manipulation. Mais ce qu’il faut retenir c’est que Paul Biya a agi en tant que président de la République, chef de l’Etat. Il est mieux placé pour connaître les compétences nationales. Si le hasard a voulu que ce soit les compétences du Rdpc qui ont été choisies, on peut comprendre la frustration des autres».

Par Jean François CHANNON, le messager

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