Les chefs d’Etat ont décidé de mettre en avant le dysfonctionnement et non la faute personnelle.
La prouesse a été magistrale et pouvait difficilement passer inaperçue: Philibert Andzembe, gouverneur de la Beac principalement mis en cause par le comité ministériel du début de semaine dernière n’a pas seulement réussi à sauver son poste. Son nom ne figure sur aucune ligne du communiqué final, même si, paradoxalement, le même document indique tantôt la suspension “à titre de mesure conservatoire, toute pratique de placement jusqu’à nouvel ordre”, tantôt la commande d’un “un audit général de la Beac et un audit spécifique sur les opérations de placement” afin de “réexaminer les modalités internes de fonctionnement (de la Beac) et de faire la lumière sur la façon dont lesdites opérations de placement ont été conduites”.
Qu’on le veuille ou non, il y a avait donc un “problème Andzembe” que l’hôte du sommet a, par habileté politique, décider de diluer dans les dysfonctionnements organiques de la banque, écartant ainsi la thèse de la faute personnelle de son compatriote qu’il s’était promis de maintenir à la tête de cette institution monétaire stratégique. Parce que, en tant que N°1 de la structure qui avait fait ses placements en violation des textes réglementaires de la Banque, il aurait dû assumer l’échec de ses placements comme il aurait pu être récompensé de son éventuel succès”, a indiqué un cadre de la Beac ayant requis l’anonymat, et qui estimé que les chefs d’Etat, “en plaçant la politique et l’orgueil personnel d’un chef d’Etat devant les réalités économiques et les errements individuels, ils n’ont rendu service ni à la Beac, ni à la Cemac”. Mais pour ces chefs d’Etat comme pour d’autres sources à l’intérieur de la Beac, “Philibert Andzembe ne pouvait prendre cette décision seul, compte tenu du mode de fonctionnement de la Beac. Il ne doit donc pas payer seul à la première alerte”.
Nous indiquions déjà, dans notre édition de vendredi dernier, que Omar Bongo Ondimba ferait tout pour éviter à son compatriote la double humiliation de “tomber” sur ses propres terres, à Libreville et, surtout, de battre le peu glorieux record de 17 mois seulement passés à la tête de la Beac quand son prédécesseur avait passé 17 ans. La veille du sommet, le chef de l’Etat gabonais avait envoyé à Yaoundé un émissaire très spécial, en la personne de son fils Ali Bongo, venu “verrouiller” le dossier avec son “ami et frère” pendant que Denis Sassou Nguesso (son beau père) et François Bozizé (qui lui doit à la fois son arrivée au pouvoir et sa survie politique) avaient déjà été sensibilisés.
Du coup, les mouvements d’humeur de Obiang Nguema Mbazogo, président de Guinée Equatoriale, qui exige depuis quelques années un nouvel ordre à la Beac, semblaient trop isolés pour inquiéter Omar Bongo qui n’a finalement eu aucune peine à maintenir son poulain à la tête de la Beac. Le communiqué final, qui recommande la réforme des statuts dans le but d’y intégrer “des mesures spécifiques pour ramener la paix et la sérénité au sein de la Beac et rétablir la confiance en son sein ainsi qu’avec l’ensemble de ses partenaires”, montre clairement les difficultés que devra affronter le gouverneur “maintenu” de la Beac dès son retour de Libreville au sein d’un “gouvernorat” qui ne brille ni par son unité, ni par sa solidarité, et qui risque de consacrer une formule utilisée par un autre cadre de la maison: “Six banques des Etats au sein d’une même institution”.
A.B.B. Mutations











