Comme le commissaire à la paix, le syndicat des chefs d’Etat a dénoncé l’assassinat de Michel Germaneau.
Comme le commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, Ramtane Lamamra, la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement réunie depuis le 25 juillet 2010 à Kampala en Ouganda a condamné, lundi, de façon «très énergique» l’assassinat de l’otage français Michel Germaneau au Sahel.
Le syndicat des responsables des pays africains dénonçait ainsi la revendication par Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), d’un acte odieux. Car, «rien ne peut justifier l’exécution d’un otage, et certainement pas le refus de payer une rançon ni une opération légitime qu’un pays de la région peut conduire avec ses propres moyens et l’assistance d’une tierce partie».
Pour le nouveau président en exercice de l’Union africaine (Ua), devant quelques journalistes, en marge du 15e sommet de l’organisation continentale à Kampala, «Al-Qaeda a montré le peu de respect (qu’il avait) pour la vie humaine. Ceci est une démonstration supplémentaire de ce comportement tout à fait barbare et inacceptable». Le chef d’Al-Qaeda au Maghreb islamique, Abou Moussab Abdel Wadoud, a en effet, annoncé dimanche soir sur la chaîne Al-Jazira que son groupe avait «exécuté» la veille le Français Michel Germaneau, enlevé au Niger en avril, «pour venger six frères tués dans la lâche opération de la France», aux côtés des forces mauritaniennes contre une unité de l’organisation djihadiste au Mali.
Ouvert dimanche dernier sur une once de tristesse et de dénonciation du terrorisme international, l’assassinat de Pierre Germaneau par Aqmi a ajouté à la détermination de l’Afrique à vouloir bouter hors du continent, «ces terroristes venus d’Asie».
Pour Yoweri Museveni, «ces terroristes peuvent et doivent être vaincus». Le président ougandais croit surtout que les islamistes radicaux Shebab, qui ont revendiqué le double attentat du 11 juillet ne sont pas des Africains. «Agissons de concert pour les chasser d’Afrique», a poursuivi le président Museveni qui veut les voir repartir «en Asie et au Moyen-Orient, d’où certains viennent d’après ce que je comprends».
Le 15 sommet a donc sur la table un challenge majeur en matière de renfort de 2000 soldats pour la mission des Nations unies pour la Somalie, actuellement composée d’un peu plus de 6.000 hommes. L’Union africaine est donc appelée à se prononcer de manière ferme au lancement d’une offensive et à la lutte contre l’insurrection islamiste des Shebab qui secoue la Somalie. Pour le président du Malawi et président en exercice de l’Union africaine, Bingu wa Mutharika, «l’Afrique doit dire son acharnement à lutter contre les forces du mal d’où qu’elles viennent».
A côté de cette question du terrorisme, le cas Bechir s’est invité au sommet de Kampala. Les chefs d’Etat africains se sont sans ambiguïté prononcer sur cette situation au soudanaise, notamment avec le référendum en janvier prochain sur l’indépendance du sud du pays, et la nouvelle inculpation par la Cour pénale internationale du président Soudanais Omar el-Béchir, cette fois-ci pour génocide au Darfour.
L’Union Africaine par la voix du président de sa commission, Jean Ping a indiqué qu’elle pourrait réaffirmer son soutien au président soudanais, car selon elle, la Cpi fait preuve «d’acharnement» contre l’Afrique en n’ayant à ce jour lancé des poursuites que contre des suspects africains.
L’ambiance déjà lourde dès la conférence des ministres des Affaires étrangères, l’est davantage devenue avec l’autre question parmi les plus attendues du sommet : La mise en route des Etats-Unis d’Afrique. Un idéal pour le moment perçu comme de l’hérésie dès lors que les principes élémentaires de coexistence pacifique et harmonieuse ne sont toujours pas respectés, en témoigne l’exigence d’un visa pour aller du Gabon au Cameroun. Mais surtout des charters d’immigrés qu’expédient régulièrement de son pays, le Guide libyen.
La voix du président Biya était attendue
Absent des travaux, l’un des doyens des chefs d’Etat africains étaient attendu au 15e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique notamment sur la question des avancées ou non des Etats-Unis d’Afrique. Selon de nombreuses indiscrétions à Kampala, Paul Biya et quelques autres leaders du continent étaient surtout espérés pour certaines de ses récentes initiatives: La conférence Africa 21 par exemple. Au cours de ce conclave notamment, différents appels allant dans le sens de la prise en main du continent par ses fils avaient été lancés. Des sujets sur lesquels on aurait aimé entendre même en coulisse, le président camerounais. Lors des festivités du 14 juillet en France, réunis autour du président français Nicolas Sarkozy, le président Paul Biya du Cameroun avait été le porte-parole de ce groupe Afrique. Un rôle que certains de ses pairs d’Afrique centrale aimeraient le voir jouer à des rendez-vous du niveau du sommet de l’Union Africaine.
La présence de Biya en Ouganda aurait été surtout l’occasion pour le Cameroun de mieux défendre l’adhésion des autres pays aux nombreux problèmes qui aujourd’hui unissent mais aussi divisent les pays africains. Parmi les autres absents aux assises de Kampala on cite: Paul Kagame du Rwanda, de l’Egyptien Hosni Moubarak et du Tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire, Jeseph Kabila de Rdc.
Autant de voix que la conférence aurait pu aussi entendre sur le thème du sommet: La santé maternelle et infantile et le développement en Afrique. En Afrique, une femme sur 16 meurt pendant l’accouchement et 8 enfants meurent toutes les minutes des maladies évitables, a fait remarquer Jean Ping. Les pays du G8, lors de leur dernier sommet au Canada, avaient promis d’augmenter leurs contributions aux efforts pour réduire la mortalité maternelle et infantile à 10 milliards de dollars sur la période 2010-2015, a rappelé Jean Ping. Les chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier se sont engagés en 2000 à réduire de deux tiers le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans d’ici 2015 et de trois quarts le taux de mortalité maternelle d’ici 2015. En attendant, «l’Afrique a fait peu de progrès dans la santé maternelle et infantile. La mortalité maternelle et infantile fait plus de victimes que les conflits», a noté Jean Ping.
Léger Ntiga. Mutations











