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CAMEROUN : ENTRETIEN ENTRE CYRILLE EKWALLA ET LOUIS TOBIE MBIDA PRÉSIDENT NATIONAL DU PARTI DES DÉMOCRATES CAMEROUNAIS

Pourquoi n’as-tu pas pris part au Forum de Washington, organisé par la Camdiac, et qui réunissait entre autres, les hommes politiques en diaspora dont tu es ?
Le Cameroun différent auquel nous aspirons tous ne s’installera que lorsque, nous, hommes politiques camerounais, décideront d’être transparents dans nos attitudes, nos déclarations et autres prises de position. Voila pourquoi, dans un souci de transparence j’avoue que je n’ai pris connaissance de la rencontre de Washington qu’en lisant les médias virtuels et la presse écrite au sortir de cette réunion. Je suis en contact régulier avec Christopher Fomunyoh qui habite les Etats Unis d’Amérique en sa qualité de cadre du NDI. Il ne m’en a pas parlé non plus. Les membres de la cellule de communication du Parti des Démocrates Camerounais de France et du Cameroun m’ont posé des questions sur ma non participation à ce colloque en me signalant qu’ils ont été surpris de ne pas voir mon nom sur la liste des « invités » à Washington, liste publiée dans le journal « Le Messager ».
En d’autres termes je n’étais pas présent à Washington parce que certains camerounais se sont octroyés le droit de s’ériger en juges et censeurs seuls habilités à décerner le droit au CAPO ( entendez par cet acronyme le Certificat d’Aptitude à la Politique d’Opposition ) au Cameroun. Pour ces hommes devenus juges et censeurs, Louis Tobie MBIDA est à combattre et à éliminer définitivement. Je ne regrette pas un seul instant de n’avoir été convié à Washington car la démarche qui a prévalu avant, au cours et autour de cette rencontre est illogique, fausse, fallacieuse, rétrograde et extrêmement dangereuse pour un Cameroun polymorphe, poly-sémantique et pluriel.
Quel que soit le cas, je descends à l’aéroport de Yaoundé Nsimalen au début du mois de septembre 2010. Mon billet d’avion est payé et je n’attends plus que d’avoir rempli mes obligations de médecin des hôpitaux français pour être physiquement au Cameroun. Je suis conscient que mes adversaires se trouveront autant du côté du parti au pouvoir que d’une certaine opposition. Aucune crainte, je ferai face.
La devise du Parti des démocrates camerounais pour ceux qui ne le savent pas est : « Tu combattras pour la vérité toujours et le Seigneur notre Dieu combattra pour toi. Quand on combat pour la vérité et la justice même sur le roc, la vérité et la justice finissent toujours par pousser »
Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il y a 19 ans, en juillet 1991 se réunissait la coordination des partis de l’opposition camerounaise au « foyer des marins » de Douala, à l’époque déjà, j’étais considéré comme « taupe du parti au pouvoir », alors que je n’avais à cette date fait aucune déclaration politique.

Malgré les preuves de l’histoire, accumulées ces dix neuf dernières années qui démontrent à suffisance et à postériori que je n’ai jamais été , que je ne suis pas et que je ne serai jamais du RDPC, malgré la politique d’ostracisme, d’exclusion, de nivellement par le bas que pratique le parti au pouvoir, certains pour des raisons d’interprétation et de lecture intéressées, tronquées, tendancieuses et fallacieuses de l’histoire et de la politique camerounaises, tentent aujourd’hui encore, sans succès, de ternir mon image et de me tenir à l’écart de tout cercle de prise de décision. Ils ne réussiront par ces manœuvres grossières qu’à attirer l’attention sur ma singularité et à pousser les camerounais à s’interroger sur mon message.

Le Parti des démocrates Camerounais a fait partie et fera toujours partie du paysage politique Camerounais. Toutes les tentatives pour le tenir définitivement à l’écart des décisions qui président aux destinées du Cameroun sont vaines et inutiles. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, dis-je, tous ceux qui veulent faire disparaître les Démocrates Camerounais du paysage politique Camerounais échoueront comme ce fut le cas par le passé.

Certains camerounais vont chercher dans des sentiments de bas étages et éveiller des vils instincts pour lancer et mettre en branle leur moteur politique alors que les véritables interpellations sont ailleurs. Il est temps de mettre un terme à la diversion et de s’attaquer aux véritables problèmes en proposant de vraies solutions.

Désormais, je n’attends plus aucun signal pour prendre l’initiative de m’adresser à la Nation afin d’annoncer, de dénoncer , de prononcer, d’expliquer et de proposer aux camerounais un Cameroun différent , plus juste , plus dynamique , plus généreux , plus solidaire, plus entreprenant et plus ouvert aux échanges , au dialogue entre tous ses fils , toutes ses filles du Nord , du Sud , de l’Est ou de l’Ouest . Je ne laisserai plus à d’autres l’initiative de l’agenda et du calendrier politiques camerounais. Les camerounais ont été habitués à réagir aux faits et méfaits du pouvoir et d’une certaine opposition de la gesticulation et de la posture. Désormais ce sera le contraire.

Les dogmatismes, d’où qu’ils viennent, que ce soit du côté du pouvoir ou d’une certaine opposition seront battus en brèche par la dynamique nouvelle qu’installent dorénavant le Parti des démocrates Camerounais et tous ceux qui pensent comme lui, quelle que soit leur étiquette pourvu que ce soit l’étiquette de la fraternité , de la réconciliation nationale , du dialogue , du respect mutuel, de l’entreprise et de l’initiative citoyennes encadrées par une Etat proche du citoyen.

Nul n’a le monopole de l’amour de la patrie camerounaise, personne n’est le chantre unique et seul attitré de la liberté et du respect des droits de l’homme et du citoyen au Cameroun. Nous le sommes tous. L’arrogance et le mépris ne doivent pas changer de camp ils doivent tout simplement disparaître du champ sociologique et politique Camerounais.

Moi Louis Tobie MBIDA, je refuse qu’au parti unique UC/UNC/RDPC rempli de tares immenses et de pesanteurs multiples succède le parti unique de l’opposition, de la haine, de la vengeance , de la revanche, du lynchage , de la justice populaire aveugle, de la rancœur, de la méchanceté, de la jalousie, de la convoitise et de l’envie.

Je me bats pour faire aboutir une alternance démocratique sans violence afin d’installer une alternative politique crédible en mesure de relancer le Cameroun pour l’installer enfin parmi les pays émergeants. Les Ghanéens, les Béninois ne sont pas meilleurs que nous. Alternance démocratique sans violence n’est pas alternative politique crédible. Cette confusion est à clarifier. Le Cameroun est puissant de son sol fertile, de son sous-sol riche et de son peuple jeune et dynamique. Le Cameroun est solide par ses femmes travailleuses, endurantes et déterminées. Les jeunes et les femmes représentent d’ailleurs plus de la moitié de la population camerounaise. L’actuel régime, en place depuis 28 ans, sans succès et sans résultats, a tendance à l’oublier quand il laisse le chômage et la misère avilir les jeunes et les femmes dans notre pays.

Quel est ton regard sur cet évènement et sur sa portée réelle pour l’avènement de l’alternance politique au Cameroun ?

La rencontre de Washington aura été politiquement et sociologiquement un non évènement qui entrera malheureusement dans l’histoire comme la date qui a vu mourir Pius Njawé. Un prix fort et douloureux a été payé pour un « pet de lapin ».

Quelle est ta position sur la candidature issue de l’opposition ? Unique ou multiple ? Pourquoi?

L’histoire universelle est un vaste livre ouvert à tous. Elle nous enseigne que les chinois ne se sont jamais réunis pour élire Mao Tsé Toung comme le candidat unique de l’opposition à Tchang Kaï Tchek. Le Mahatma Gandhi, l’apôtre de la non-violence, n’a jamais été coopté comme candidat unique de l’opposition indienne face aux anglais. Les vietnamiens ne se sont jamais assis pour désigner Ho chi Minh comme le candidat unique de l’opposition en Indochine. Les français n’ont tenu aucune assise pour installer Charles De Gaulle comme l’homme du 18 juin 1940 et Homme de la Résistance. Martin Luther King n’est pas le fruit d’une candidature unique . Um Nyobé Ruben n’a pas été intronisé au cours d’une rencontre comme l’homme de la lutte pour l’indépendance au Cameroun.

« Il faut de Grands Hommes pour faire de Grandes Choses et ceux là ne le sont devenus que pour l’avoir voulu » cette phrase n’est pas de moi mais de Charles De Gaulle . « Le pouvoir ne se donne pas, il se prend » . Cette affirmation n’est pas de moi mais de Jouvenel. Point n’est besoin de sortir de Saint Cyr, de Harvard , de Polytechnique , de Yale , de Cambridge ou de Eton pour le savoir et le comprendre.

De nombreux camerounais refusent de travailler intellectuellement, mentalement et spirituellement. Ils ont recours à des expédients, à des faux – fuyants, à des prestidigitateurs et autres charlatans. Ils vont chercher force et soutien dans des sectes et autres cercles ésotériques ou magico-religieux. Cela n’est pas mon cas. J’ai été baptisé le 24 juillet 1956 par le cardinal Felstin, archevêque de Paris en la Cathédrale Notre Dame de Paris. Je suis un simple chrétien de base, ni fanatique, ni fondamentaliste, sans ostentation et sans bigoterie. J’accepte d’autres religions et confessions révélées dans notre pays au même titre que le christianisme. La force est en nous où elle n’y est pas.
Les convictions les plus solides partent de loin, de très loin et se travaillent durant des années. Pour convaincre il faut l’être soi-même. Au sein du peuple camerounais, ceux qui nous observent et espèrent en nous, écoutent et analysent nos discours, notre démarche et nos propositions. Ils sauront reconnaître l’Homme ou la Femme crédible pour les conduire vers un Cameroun meilleur. Les Camerounais sauront extraire le bon grain de l’ivraie. Seul l’investissement personnel peut conduire à la réalisation de grands objectifs voila pourquoi j’estime que le débat sur un candidat unique est dérisoire et accessoire. Retroussons les manches et mettons-nous au travail car le véritable travail reste :
la structuration de l’opposition camerounaise sur le terrain, l’inscription sur les listes électorales, la couverture des bureaux de vote connus et potentiels de 2011. Rechercher un candidat unique de l’opposition Camerounaise est un vœux pieux, une incantation païenne, voire une diversion, une confusion, une récréation, une gesticulation sans conviction.

Les gouvernements camerounais successifs et leurs chefs, de 1960 à nos jours ont provoqué l’émiettement de la conscience collective avec pour corollaire immédiat l’effacement de la conscience individuelle. Cet état des choses a installé dans le pays : la perte de repères, l’absence de confiance en soi, la démission de la foi dans des vertus immatérielles et la dissipation des valeurs fondamentales qui ont de tous temps présidé à l’essor des grandes nations. Notre devoir désormais sera de reconstruire les fondamentaux moraux dans la Nation et d’enseigner l’Ethique à la République.

Louis Tobie MBIDA
Président du Parti des Démocrates Camerounais

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