Le mystère reste épais sur les conditions de la mort de l’ex-ministre de la Promotion de la femme et de la famille dont la dépouille a été rapatriée le week-end dernier. Pendant que les obsèques se préparent dans un climat de tension, le débat sur sa disparition risque de se poursuivre devant le juge. Car si on sait de manière officielle que Suzanne Bomback est décédée d’un cancer, la famille directe semble vouloir croire que la fin de la vie sur terre de cette grande dame de la politique camerounaise et au sein du parti au pouvoir au Cameroun a été provoquée… mystiquement.
C’est le sens de la plainte déposée il y a quelques jours à la brigade de la gendarmerie de Nkolbisson par les nommés Charles Bomback et Sylver Elat, respectivement fils aîné et ex-secrétaire particulier de la défunte. Leurs arguments se fondent sur les aveux publiquement formulés par des suspects, tous habitants du village Nkolkumu, une banlieue de Yaoundé où Suzanne Bomback avait choisi de s’établir. La promotrice des mariages collectifs voulait vivre heureuse on l’imagine, auprès des ses grands parents Ossah de Nkolkumu. Mais, selon les plaignants, elle a trouvé sur son chemin des forces occultes qui ont eu raison d’elle.
On a l’habitude de banaliser le phénomène de la sorcellerie dans notre société. Notamment en la réduisant à une portion fortement marginale. « Les sorciers ! Mon œil ! Cela n’existe pas. On veut tout juste faire peur aux Africains c’est tout !», avait l’habitude de dire un prêtre missionnaire catholique français qui a travaillé dans le diocèse de Bafia autrefois. Du point de vue anthropologique, des signes efficaces (pour reprendre une expression chère à Claude Levi Strauss) existent pour montrer que la sorcellerie est un phénomène qui agit dans notre société, généralement de manière maléfique, au point de susciter des inquiétudes, des frayeurs, aussi bien dans les villages que dans les villes. On est là dans le domaine du mystique maléfique et satanique, au sens que lui donnait le regretté révérend père jésuite Meinrad Hebga.
Il ne s’agit pas de l’irrationnel. Loin s’en faut. Au cours d’un colloque international organisé du 17 au 19 mars 2005, à l’Université catholique d’Afrique centrale à Yaoundé, sur le thème « Justice et sorcellerie » sous la direction d’Eric de Rosny, prêtre jésuite français installé au Cameroun depuis plus de 40 ans, la question sur la rationalisation des regards des actes de sorcellerie face à la justice camerounaise avait été abordée. Les actes de ce colloque existent. Les participants avaient ainsi retenu le fait que la sorcellerie, définie comme une forme de rapport qui impute à l’autre des pouvoirs indirects sur soi, est universelle. De manière pratique, les actes sorciers sont passibles de jugements et de condamnations par les juridictions camerounaises. C’est le sens de la plainte formulée par les proches de la défunte ministre Suzanne Bomback, dont Charles Bomback et Sylver Elat sur les conditions de sa mort.
Au moment où la gendarmerie ouvre une enquête sur cette affaire, Le Messager a voulu faire comprendre à ses lecteurs et à l’opinion les contours de cette malheureuse affaire. Tout en partageant la douleur de la famille et des proches de Suzanne Bomback. Morte la cinquantaine à peine entamée, elle avait certainement encore beaucoup à apporter au Cameroun.
1) « La mal aimée »
L’ex-ministre Suzanne Bomback décédée à Paris (France) il y a quelques semaines aura droit, sauf changement d’avis de la haute hiérarchie du pays, à des obsèques officielles. La nouvelle a été soufflée par des envoyés de la présidence de la République aux membres de la famille de la défunte samedi dernier à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, lors de la cérémonie d’accueil de la dépouille. Ils étaient ainsi nombreux, amis, parents, anciens collaborateurs qui sont allés vivre ce moment douloureux. Dans la plupart des cœurs meurtris par l’affliction, cogitait sans cesse les conditions qui ont conduit à sa mort. « Il faut absolument que la justice clarifie cette affaire. On ne peut pas « assassiner » un être humain de cette manière. Car il s’agit bien d’un assassinat. Les sorciers qui ont fait cela doivent rendre des comptes et payer. La gendarmerie mène l’enquête suite à une plainte qui a été déposée. Les sorciers ont été identifiés. Nous attendrons avec patience que la justice se prononce », a confié samedi dernier au Messager un proche parent de la désormais défunte ministre Suzanne Bomback.
Lundi 16 août 2010, une réunion de concertation devait rassembler en fin d’après-midi au domicile de Yaoundé de la défunte, sis au quartier Essos, les différents acteurs concernés par ce deuil. Selon des sources bien introduites au sein de la famille, ladite réunion de concertation a effectivement eu lieu. Il y avait là , des représentants de la famille Mvog-Ada (de laquelle la mère de la défunte, Justine Bandolo, était issue), la famille Eton (il se dit depuis des années que Suzanne Bomback était la fille de l’ex-ministre d’Ahidjo, Charles Onana Awana, fils de la Lékié), et la famille Ossah du village Nkolkumu, ses grands parents maternels, où elle avait choisi d’aller s’établir ces dernières années. La belle-famille Maka de l’Est, (l’ex-ministre était l’épouse légitime du défunt colonel Bomback, natif de l’arrondissement de Doumé dans le Haut-Nyong) a tenu aussi à prendre part à cette réunion. On se souvient déjà que dès l’annonce et la confirmation du deuil, cette belle-famille par le canal du nommé Zengouing s’était présenté aux proches de Suzanne Bomback pour réclamer la dépouille, afin d’aller l’inhumer à côté de son défunt époux du côté de la région de l’Est.
La réunion de concertation qui s’est donc tenue hier, et qui s’annonçait houleuse, devait arrêter en gros le programme des obsèques avec comme détail précis, le lieu de l’inhumation. Sur ce point justement, des divergences profondes apparaissaient. Beaucoup des proches parents de l’ex-ministre de la Promotion de la femme et de la famille souhaitaient, au-delà de la sollicitation légitime de la belle-famille, qu’elle soit inhumée du côté de Nkolkumu, où elle a construit une belle demeure où elle résidait d’ailleurs ces dernières années. Ce que ne semble pas partager le fils ainé de la défunte, Charles Bomback et bien d’autres. Charles Bomback a assurément encore en mémoire les dernières péripéties vécu par sa mère à Nkolkumu, et qui vraisemblablement semblent avoir conduits à sa mort. Comme en témoigne une plainte qu’il a déposé avec le nommé Sylver Elat, ex-secrétaire particulier de Suzanne Bomback du côté de la brigade territoriale de Nkolbisson dans l’arrondissement de Yaoundé VII.
« Suzanne Bomback était la mal aimée de Nkolkumu. Tout le monde le sait là -bas : ce sont les sorciers de ce village qui l’ont tuée. Il n’y a plus de doute à cela. Aller l’enterrer dans ce « village maudit » serait faire plaisir à ces sorciers », clame l’air ahuri un proche parent de Suzanne Bomback. Et de continuer : « Depuis qu’elle est venue s’installer à Nkolkumu, qui est le village des oncles de sa mère, madame le ministre a été détestée gratuitement par les plus grands sorciers du village qui avaient juré d’avoir sa peau. Elle a vécu des évènements les plus troublants de son existence qui annonçaient en fait sa mort prochaine. Ces redoutables sorciers ont été entendus, et sont passés aux aveux bien avant. Le plus dramatique est que personne à Nkolkumu, n’a pris la peine de défendre madame le ministre. Il ne faut pas leur faire le plaisir de leur offrir la collation de son deuil ». aux dernières nouvelles, la belle famille aurait obtenu que la dépouille de la défunte soit inhumée à l’Est.
2- Nkolkumu : entre amour et désamour
Nkolkumu le village tant redouté aujourd’hui dans le département du Mfoundi et qui se trouve ainsi projeté au devant de l’actualité est situé à une vingtaine de kilomètres du centre ville de Yaoundé. Lorsque nous y arrivons ce samedi 14 août 2010, la plupart des habitants que nous abordons au grand carrefour du village où l’on trouve la plus grande animation, se montrent méfiants à l’évocation du sujet relatif aux conditions de la mort de madame le ministre Suzanne Bomback. « On nous accuse tous ici d’être à l’origine de sa mort. Ce qui n’est pas vrai du tout. Tout le monde n’est pas sorcier. Cette affaire nous est inconnue. Il faut demander à Papa Michel. C’est lui qui sait ce qu’il a fait de madame le ministre. Il l’a d’ailleurs dit devant le curé du village. Allez lui demander. Tout le monde à peur de papa Michel ici. Nous on ne peut pas en parler. Nous ne sommes pas des sorciers… », lâche le nommé Essama Martin, natif de Nkolkumu. « Papa Michel », ce nom est bien connu à Nkolkumu. Il s’agit, dit-on, d’un sexagénaire très influent mystiquement dans le village. Nous n’avons pas pu, malheureusement le rencontrer lors de notre passage à Nkolkumu. Il était, disait-on gardé à la gendarmerie de Nkolbisson si l’on se fie aux déclarations des villageois. Beaucoup nous ont d’ailleurs déconseillé « si vous voulez repartir vivant d’ici » d’aller à sa rencontre ou de ceux qui lui sont proches.
Même le curé est menacé ?
Par contre, l’Eglise de Nkolkumu est située à quelque 150 m de la route qui est en fait l’ancienne route de Douala. Il s’agit d’une immense bâtisse construite dans le style classique par les missionnaires spiritains. Le curé du village qui préparait la solennité de la fête de l’Assomption était absent du presbytère au moment où nous y sommes passés. Mais la plupart des chrétiens qui s’activaient dans la paroisse connaissent « l’affaire Suzanne Bomback » pratiquement par cœur. C’est le cas de Sylvain M. qui a accepté de nous livrer des confidences de ce qu’il appelle « le calvaire de madame le ministre. Tout le monde redoute ces sorciers qui vont même jusqu’ à menacer le curé. Mais Dieu est pus fort qu’eux. Ils seront vaincus ».
Selon notre interculoteur, tout aurait commencé le jour où madame le ministre décide de venir s’installer à Nkolkumu, village où habitent entre autres les familles, Mvog-Effa, Mvog-Belinga, Angok et Ossah, ses grands parents. Il faut dire que, fatiguée des intrigues politiques de leadership qu’elle a vécues du côté de Yaoundé 5è, avec notamment des affrontements incessants avec madame la maire Kemmogne, aujourd’hui épouse Etoundi, Suzanne Bomback aurait décidé de s’établir chez ses aïeux Ossah à Nkolkumu. Nous sommes là entre 2006 et 2008. Nkolkumu fait alors partie intégrante de l’arrondissement de Yaoundé 2è, avant la création de l’arrondissement de Yaoundé 7è où ce village demeure jusqu’à ce jour. Elle trouve dans cette espèce de marécage politique entre autres, des crocodiles comme Tsimi Evouna, Jean Simon Ongola et l’homme d’affaire Augustin Tamba, qui était en fait tous dans leur fief politique longtemps consolidé.
Le contact avec ceux-ci, de manière individuelle sera rude. Parfois même heurté. Mais madame le ministre préfère constituer un fief dans son nouveau village Nkolkumu ; même si par méchanceté, certains aimaient à lui rappeler de temps à autre qu’elle est la fille d’Onana Awana, donc élite du département de la Lékié.
Suzanne Bomback achète donc du terrain en pleine forêt où elle décide de bâtir son domaine au centre duquel elle entend construire une belle maison. Des couacs vont malheureusement sans cesse se multiplier : lorsque les techniciens prennent les mesures pour les travaux, les études techniques ne correspondent jamais. Cela dure des mois. Jusqu’au jour où certains proches parents et amis viennent faire comprendre à madame le ministre qu’il y a sur son terrain, un gros arbre mystique qui bloque toute avancée de travaux, parce qu’en fait depuis toujours, le lieu de rencontres des pratiques de haute sorcellerie des plus grands et redoutés sorciers du village. On lui parle alors d’un certain « Papa Michel » qui serait le chef de ces sorciers. Ce dernier n’aurait donc pas apprécié que l’on vienne troubler son « sanctuaire », fût-on membre du gouvernement.
Pour construire sa maison à Nkolkumu, elle va envisager de faire face courageusement à cette adversité déclarée de ces présumés sorciers. Elle décide ainsi d’inviter à son domicile de Yaoundé tous les principaux paysans de Nkolkumu, « y compris ceux qui se dressent contre elle la nuit », pour leur offrir un festin. Pendant que tous boivent et mangent, un gros engin réussit de nuit avec beaucoup de peine à déraciner le « gros arbre mystique » connu comme le lieu d’action et de rassemblement supposé des sorciers de Nkolkumu. Il se commente ainsi aujourd’hui dans ce petit village que, dès que le terrible arbre est tombé, une fille du nommé « papa Michel » aurait lancé en plein festin chez madame le ministre devant d’autres paysans visiblement apeurés que : « oh ! Papa est fini ». En tout cas quelques mois après, les travaux de construction de la maison de Suzanne Bomback vont s’accélérer et connaître leur aboutissement. C’est ainsi que courageusement elle intègre ladite maison. Cependant, les « sorciers » bien que momentanément vaincus ne vont pas désarmer. Au contraire. C’est ainsi qu’en plein jour, alors qu’elle se trouve chez elle, un hibou, gros comme un aigle vient s’attaquer à elle comme un coq qui veut bagarrer avec un autre coq. Surprise par cette attaque insolite et pratiquement paniquée, après avoir longtemps fait le tour de la propriété, et appelé au secours, le volatile est abattue et brûlée devant pratiquement tout le village Nkolkumu. Le même scénario se reproduit quelques jours après, cette fois à son bureau du ministère dont elle avait alors la charge. Là aussi l’oiseau est abattu et brûlé.
3-Une affaire d’anthropophagie mystique
Le dernier épisode des plus troublants de la vie de Suzanne Bomback, se trouve dans l’affaire qui a amené la gendarmerie de Nkolbisson à ouvrir une enquête sur les conditions de sa mort. Selon les témoignages recueillis à Nkolkumu, quelques mois avant qu’elle ne tombe malade vers les mois de mai ou juin 2010, trois enfants de son vigile sont venus vers elle. L’un des enfants aurait pris son courage à deux mains, et lui a déclaré en la regardant dans les yeux que «Tantine, nous t’avons bien mangé dans la nuit. » Et de continuer : « C’est « papa Michel » qui t’a préparé et nous a donnés ta chair à manger. Beaucoup de gens du village ont mangé». Pointant par la suite le doigt vers son plus jeune frère le même enfant poursuit en indiquant que « il n’y a que lui qui a refusé de te manger parce qu’il a dit que tu es gentille avec lui. On l’a même menacé». Troublée, madame le ministre amène les trois enfants à l’intérieur de son domicile et les faits répéter les mêmes propos qu’elle prend soin d’enregistrer. A ce jour, dans l’entourage de la défunte madame le ministre, on affirme que les enregistrements sont disponibles, et auraient été remis à la gendarmerie pour exploitation. L’affaire fait alors grand bruit à Nkolkumu au point de provoquer en présence du curé du village une séance du rite « Esié » (cérémonie traditionnelle chez les peuples bétis où tous ceux qui ont mangé un être humain dans la sorcellerie viennent publiquement, en rang, jeter un feuille verte dans un cercle, en signe de vomissement de la chair humaine mystiquement avalée et de renoncement à ce processus maléfique. La personne qui a été mangé mystiquement recouvre la santé et est sauvée de la mort).
Transportée en pays bassa
Quelques jours après, madame le ministre Suzanne Bomback se serait ouverte à un de ses fidèles initiés. Ce dernier lui aurait avoué que la séance d’« Esié » pratiquée à Nkolkumu n’était pas sincère. Et qu’il y avait, de son point de vue, des gens qui continuaient de lui en vouloir à mort, et qui ont refusé de vomir sa chair mangée et avalée mystiquement par eux. Relativement inquiétée, elle aurait alors envoyé des messages un peu partout à des amis pour les alerter. C’est ainsi qu’on lui conseille une « guérisseuse » basée en pays bassa. Subitement, son état de santé décline quelques jours après. Pendant qu’elle est urgemment transportée vers la « guérisseuse » du pays bassa, son ami qui l’avait avertie du manque de sincérité de la séance d’ « Esié » décède brusquement. Toutes choses qui auraient alors entamé le moral de madame le ministre. Surtout qu’il se dit dès son arrivée en pays bassa, la fameuse « guérisseuse » l’a aperçue, des sources familiales rencontrées par Le Messager indiquent que celle-ci aurait déclaré que c’était trop tard, et que la malade qui lui avait été amenée était dans un état difficile à sauver. Dès cet instant, l’état physique de Suzanne Bomback se serait sérieusement dégradé. Au point d’amener son fidèle ex secrétaire particulier, Sylver Elat, à la conduire immédiatement à l’hôpital de la CNPS à Yaoundé. L’évacuation sanitaire en France suit quelques jours après. Une fois à l’hôpital Cochin à Paris, les médecins qui la prennent en charge détectent un cancer de sein en voie de généralisation. Ils s’étonnent surtout de « l’originalité » de ce cas. Puisque, selon des sources médicales proches de ce grand hôpital parisien contactées par Le Messager, le corps médical était tétanisé de voir que tous les os de la malade étaient pratiquement réduit en poudre.
Au final, lorsque la nouvelle de son décès est rendue publique le mardi 3 août 2010, Suzanne Bomback était cliniquement décédée. Mais respirait encore artificiellement. Il fallait juste attendre l’arrivée d’un proche parent pour donner l’ordre de la désappareiller.
Par jean.francois.channon Le Messager











