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Succession: Les chantiers du troisième président

Il devrait être une personnalité intègre, éprise du besoin patriotique de reconstruire un pays économiquement et moralement spolié. Après Paul Biya, que faudrait-il faire? Il faudra se lancer dans des réformes. Sur quoi porteront celles-ci ? On ne le dira jamais assez, l’image du Cameroun, à travers le monde, n’est pas des plus reluisantes actuellement. Dès que l’on évoque le nom de notre pays, en coeur, les gens crient : ” pays le plus corrompu de la terre ! “.

REDORER LE BLASON DU CAMEROUN

Redorer l’image du Cameroun est un vaste chantier. Celui-ci part de la diplomatie, à la gestion interne du pays.

1/- Eradiquer la corruption. Il va sans dire que tant que le niveau de corruption qui caractérise le Cameroun n’aura pas régressé, notre image, sur le plan international, sera toujours abominable. Le 3ème président camerounais devra s’atteler à éradiquer, véritablement, la corruption au Cameroun. Nul besoin de se doter d’une pléthore d’institution pour cela, ou de procéder à des arrestations ” politiques “. Il faudra sévir, sans ménagement, au sein de l’administration publique. Les fonctionnaires, au Cameroun, constituent une calamité pour le pays. Ils sont à la base de la quasi-totalité des méthodes de détournement de fonds publics qui sont utilisées, actuellement, dans le pays.

2/- Accroître la participation du chef d’Etat camerounais à tous les forums, qu’ils se déroulent en Occident, comme dans le tiers-monde, à commencer par ceux du continent africain. Le Cameroun étant un membre fondateur de l’OUA devenue UA, il importe que le 3ème président camerounais renoue, systématiquement, avec la participation aux sommets de cette organisation panafricaine. Bien mieux, le Cameroun a, en plus, une place particulière dans celle-ci. Il lui a déjà fourni, successivement, deux secrétaire généraux, Nzho Ekangaki et Aurélien Etéki Mboumoua.

3/- Rendre crédible l’armée camerounaise. La qualité de l’armée d’un pays, la peur que celle-ci inspire aux autres pays, font partie de l’image d’un pays à l’étranger. Une armée dont tout le monde se moque, déprécie, considérablement, l’image générale du pays auquel elle appartient.

DOTER LE CAMEROUN D’UNE CLASSE: POLITIQUE AUTHENTIQUE

Le second grand chantier que devra réaliser le troisième président de la République, sera, à n’en pas douter, celui qui consistera à redonner ses lettres de noblesses aux hommes politiques.

Au lendemain de la proclamation de l’indépendance, Ahmadou Ahidjo avait systématiquement mis, à l’écart, tous les hommes politiques camerounais, et ne s’est mis à nommer, aux postes politiques, que de petits chefs de services, conseillers techniques et autres directeurs de ministères. Cela a comporté l’avantage de n’avoir, en face de lui, que des adulateurs craintifs et zélés, à savoir de petits fonctionnaires qui lui doivent tout. Mais, en contrepartie, le Cameroun s’est retrouvé avec, au sommet de l’Etat, de piètres individus, certes parfois bardés de diplômes, mais qui ne nourrissaient aucun dessein véritable pour le pays. En leur qualité de fonctionnaires, ils n’avaient qu’une idée en tête, ” faire une bonne carrière “. Avec une telle mentalité, aucun pays ne peut progresser, relever de grands défis. Aux fonctionnaires l’administration. C’est connu. Aux hommes politiques la politique. C’est ainsi que fonctionnent les pays qui dominent le monde depuis toujours. Le Cameroun ne saurait faire exception.

REINTRODUIRE LE MERITE ET LA COMPETENCE AU CAMEROUN

Si, au lendemain de l’indépendance, la politique, décriée, de l’équilibre ethnique (politique de tribalisme d’Etat s’il en est) a été instaurée avec, pour raison invoquée, “le déséquilibre issu de la colonisation” qui aurait favorisé, sur le plan de l’instruction, certaines régions du pays au détriment d’autres, 50 ans après l’indépendance, il va sans dire, que cette politique devrait, purement et simplement, être abolie. Il faudrait cesser d’opposer, à la compétence, l’ethnie. Ca ne peut être que du nivellement par le bas, à une ère où tous les peuples du monde recherchent l’excellence. Quelle aura été le résultat de cette politique ?

L’administration camerounaise s’est retrouvée aux mains de gens aux niveaux épars, quelconques, à la formation intellectuelle approximative, sommaire. Pis encore, même l’école qui était supposée former les dirigeants de la haute administration publique camerounaise n’a pas échappé à cette règle. L’Ecole Camerounaise d’Administration, ENAM, jusqu’à ce jour, continue à être dominée par cette logique, à laquelle est venue se greffer la corruption à son concours d’entrée : de 1 à 5 millions de francs cfa la place ! En conséquence, l’administration camerounaise, s’est retrouvée dominée par la ” racaille “, comme dirait l’autre.

Quoi de surprenant, dans ces conditions, que le Cameroun se soit écroulé, aussitôt que les coopérants français ont définitivement cédé la place aux fonctionnaires camerounais, à l’aube des années 80 ? Car, il ne faudrait, en aucun jour, l’oublier, les Camerounais n’ont pleinement pris en main leur administration qu’à la fin de la décennie 70. L’indépendance était bel et bien là, mais, ce sont les français qui continuaient à tout concevoir, pour la simple raison que les cadres camerounais étaient encore en nombre insuffisant. Les Camerounais étaient, certes, préfets, gouverneurs, secrétaires généraux de ministères, directeurs de services, mais, c’étaient les conseillers techniques français qui faisaient encore tout. A titre comparatif, c’est un peu comme l’Afrique du Sud d’aujourd’hui. Les Noirs sont ministres, ambassadeurs, députés et autres, mais l’administration est encore aux mains des Blancs. L’exemple du Zimbabwe est plus parlant encore. Mugabe ayant brutalisé les Blancs, le pays s’est, écroulé. C’est ce qui s’est passé au Cameroun avec ces cadres issus de ” l’équilibre ethnique ” qui se sont mis à remplacer les Français.

REDRESSER L’ECONOMIE

Autre grand chantier qui attend le futur président du Cameroun, celui du redressement de l’économie nationale. Ici, également, même chose. Cela passe par le nécessaire relèvement du niveau de formation de nos hommes d’affaires. Des hommes d’affaires “fey man”, ne peuvent faire prospérer une économie. On le voit bien au Cameroun. Nos hommes d’affaires se plaignent du fait que les banques ne leur accordent pas de crédits. Mais, dans le même temps, ceux-ci oublient de dire que la totalité des titres fonciers de la ville de Yaoundé et de Douala, se retrouvent hypothéqués dans les banques de la place, suite aux crédits qui leur avaient été accordés et qu’ils n’ont pas remboursés. Ces mêmes “hommes d’affaires” ont mis en faillite le FOGAPE.

Ils y ont également contractés d’énormes crédits qu’ils n’ont pas remboursés. Ce que l’on met généralement en avant, ce sont les crédits des hauts fonctionnaires et dignitaires du régime. Mais, on passe sous silence ceux des commerçants et prétendus “hommes d’affaires ” camerounais, qui sont également colossaux. C’est ainsi qu’il n’existe, pratiquement pas, à ce jour, au Cameroun, un seul “homme d’affaires” qui ne survive que grâce à la mansuétude de l’Etat. Aucun n’est en règle avec le fisc. Même chose avec la CNPS. Ils sont tous, à des degrés divers, des contrebandiers.

Ils fraudent, systématiquement, à la douane. Aucune de leur entreprise n’est véritablement rentable, encore moins compétitive. La comptabilité de celle-ci est désespérément hasardeuse. C’est pourquoi la plupart des “hommes d’affaires” de quelle que envergure que ce soit, se sont réfugiés dans le Rdpc. Le parti gouvernemental leur sert, véritablement, de couverture. Notre Chambre de Commerce et d’Industrie, elle-même, n’échappe pas à cette règle. Elle ne peut donner le chiffre, même approximatif, des commerçants de quelle que ville donnée que ce soit du Cameroun.

Elle n’en sait simplement rien. La quasi-totalité de regroupements ” d’hommes d’affaires ” camerounais, ne visent qu’une chose, se transformer en groupes de pression pour faire obtenir d’avantage de marchés publics à leurs membres. Tout comme les séminaires ateliers pour le ” renforcement des capacités de ceci ou cela ” pullulent dans l’administration publique, il faudrait en faire pulluler, également, pour nos ” hommes d’affaires “. Ceux-ci, le moins que l’on puisse dire, ont véritablement besoin de ” renforcer leurs capacités “. Il existe de nombreux autres chantiers très importants qui attendent le futur président de la République. A lui de dérouler sa feuille de route.

Journal La Cité 2008

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