Widgetized Section

Go to Admin » Appearance » Widgets » and move Gabfire Widget: Social into that MastheadOverlay zone

République, Etat et Statistiques Ethniques: sortons de l’indignation tribale pour une indignation républicaine

Ecrit Par le 25 Jul 2012
Publié dans la categorie: Actualités, Point de Vue, Société

Sans démocratie, les statistiques ethniques se réduisent à jouer à la roulette russe pour tous les Camerounais. La lecture, tant de la note administrative de Mgr. Bakot, que des diverses réactions et prises de positions auxquelles elle a donné lieu, peut entraîner au moins trois attitudes. Nous pouvons choisir de nous plaindre jusqu’à ce que, las de ne produire que de l’injure à profusion, nos neurones s’abîment dans un pathos où notre colère, tel un nuage de fumée, se dissipe avec le temps alors que la chose à l’origine de notre courroux reste intacte. Nous pouvons opter de rester coi et de sombrer dans le pessimisme messianique en nous disant à quoi bon s’y intéresser puisque le bateau-Cameroun est déjà dans les récifs et que son sort prochain sera certainement celui du tristement célèbre Titanic ou du récent Concordia. Nous pouvons aussi, sans une quelconque prétention à la fatuité ou à la détention de la baguette magique, essayer d’identifier et d’étayer le problème auquel notre pays fait face en mettant en résonnance la note de Mgr. Bakot et d’autres faits et discours l’ayant précédé dans le temps et l’espace.

Notre choix, sans ignorer l’importance de l’indignation qui alimente la première posture et le ras le bol qui motive la seconde, penche vers la troisième posture. Elle nous semble plus à même de saisir la logique et les réalités qui gisent sous l’écume des actes et déclarations des uns et des autres dans notre pays. Elle nous semble aussi capable d’accoucher de propositions, sans, loin s’en faut, prétendre à la panacée. Perdre son sang-froid et réagir de façon épidermique ou avec ses tripes ne mène jamais très loin même si on peut le comprendre, Mgr. Bakot devant, à l’instar de son modèle biblique, regrouper ses brebis pour le salut au lieu de les dresser les unes contre les autres dans l’enclos du désespoir.

Cette troisième attitude nous semble aussi plus porteuse, étant donné que ce que nous pouvons appeler une indignation républicaine, parce qu’ayant pour moteur la défense des valeurs républicaines, est différente d’une indignation tribale : la première nait du détournement d’un idéal, d’un projet collectif et solidaire quand la seconde, lorsqu’elle n’est pas une conséquence de la transformation de cet idéal collectif en mirage, est plus souvent orientée vers la boucémissarisation et un nombrilisme victimisant tournant le dos à des réflexions et aux propositions pouvant nous permettre de continuer à cheminer vers la difficile construction d’un vivre ensemble harmonieux.

En effet, après avoir, en d’autres temps, analysé « le paradigme du pays organisateur » en amont d’une approche primordialiste de la République, de l’Etat et de la citoyenneté appréhendés à géométrie variable selon qu’on fait partie de l’ethnie dite au pouvoir, de l’ethnie dite majoritaire ou de celle dite autochtone, il nous semble intéressant, une fois notre attachement à l’idéal républicain défendu, de creuser une autre dimension du problème politique auquel le Cameroun fait face. En fait, en dehors du fourvoiement de l’idéal républicain, qui, selon nous, entraîne des pratiques et des discours ethnicistes et /ou ethnicisant, la note de Mgr. Bakot pose une autre problématique cruciale : la question de la cohérence ou de la compatibilité entre l’Etat, la République et les statistiques ethniques. L’objectif pour nous n’est donc pas de nous limiter à condamner les propos de Mr. Bakot jusqu’à épuisement du lexique des qualificatifs nauséabonds de la langue de Molière : notre indignation républicaine y suffit.

Notre souci est plutôt de chercher une voie de sortie pour notre pays en posant un regard méta, normatif et réaliste sur les statistiques ethniques et leurs usages au sein d’un Etat et d’une République camerounaise où, depuis l’Etat-colonial, elles sont un argument

incontournable de la raison d’Etat. Comme nous aimons à le dire, nous tentons de lire positivement la société camerounaise telle qu’elle fonctionne afin d’y tirer des informations pouvant solidifier les poutres de la République.

* La statistique, l’Etat moderne, l’Etat camerounais et la République : un bref regard synoptique

L’approche socio-historique, économique et politique de l’Etat montre que la statistique est aux fondements de celui-ci avant de devenir une science d’Etat par excellence. En effet, pour que l’Etat soit, il faut qu’il mesure et délimite son territoire. Il faut qu’il dénombre ses populations, en détermine la structure, les activités, nomme les choses, les classe et les hiérarchise de façon ordinale ou cardinale. La statistique est donc incontournable pour que l’Etat se construise une substance matérielle dans tous les domaines. En macroéconomie, la comptabilité nationale n’est rien d’autre que la mise en statistiques interdépendantes des populations, de leurs secteurs d’activités et de leurs résultats. Elle participe d’une stylistique du pouvoir car hiérarchiser, nommer, compter et classer et relier les choses et les hommes, revient à les mettre dans des cases et en relation dans un projet collectif dont le monopole de la direction est détenu par l’Etat. Un exemple : si le Cameroun veut monter une politique pour sécuriser les conditions de vie des peuples premiers, il sera obligé de recenser les différents groupes de pygmées qui existent dans son territoire, leurs habitudes, leurs façons de vivre, les liens entre eux et les problèmes communs et spécifiques qui les insécurisent. Les objets sur lesquels agit l’Etat sont donc à la fois réels et construits. Si on prend le nombre d’étudiants du l’UCAC, il est à la fois réel et construit. Réel parce que ces étudiants existent en eux-mêmes avant le nombre (la statistique globale), et construit parce que ce nombre est une convention et leur origine ethnique une construction sociale-historique.

Les Etats africains postcoloniaux en général, et l’Etat camerounais en particulier, n’échappent pas à cette réalité. La statistique des territoires, de la composante de leurs sous-sol, des hommes qui les habitent, des résistants, des fonctionnaires coloniaux, des échanges avec la métropole, des armées sur le terrain, des indigènes, de leurs structures ethniques et comportements est consubstantielle à l’Etat-colonial. C’est elle qui lui permit d’exister car la gouvernemantalité coloniale correspondait, en premier, à un art du commandement dont le but fut de faire exister les hommes et les choses dans un ordre compréhensible par la civilisation occupante. Et c’est la statistique, avec ses aspects ethniques et matérielles, qui y contribua jusqu’aux indépendances. L’Etat camerounais postcolonial en a hérité à travers, non seulement son appareil administratif et sa pratique de l’équilibre régional dans tous les secteurs étatiques, mais aussi ses services secrets et les alliances politiques subséquentes.

Dans le monde démocratique contemporain, la statistique bénéficie, tant de la légitimité de l’Etat dont elle est à la base de la matérialité politique, comptable, économique, policière et administrative, que de sa crédibilité en tant que sciences désormais banalisée dans la culture générale moderne. S’agissant de la compatibilité entre statistiques ethniques et/ou identitaires, Etat et République, cinq réalités semblent, grosso modo, en obliger l’usage officieux ou officiel à travers le monde:

* le caractère de plus en plus métissé des sociétés suite à la mondialisation et au brassage des populations qui en découle ;

* la montée de l’évaluation multifactorielle des politiques publiques ;

* l’intérêt croissant porté aux rapports hommes/femmes et à leurs implications dans tous les domaines de la vie sociétale ;

* la naissance des politiques de lutte contre toutes les formes de discrimination ;

* la diversité et la multi culturalité comme arguments du marketing privé, de l’intégration sociale et d’accès aux aides publiques.

Ces cinq réalités font que les statistiques ne cherchent plus seulement à établir une connaissance générale sur une société, mais à entrer beaucoup plus dans les détails structuraux afin que la politique publique puisse y tirer des informations nécessaires à son efficience et à son efficacité. Prenons un exemple : un Etat A qui connait son taux de chômage (une statistique globale) aura, en présence d’une population plus métissée et cosmopolite, une politique de lutte contre le chômage moins bien calibrée qu’un pays B qui, en plus de son taux de chômage global, connaitrait le taux de chômage des populations aisées, des populations pauvres, celui des populations métissées et celui des populations étrangères. Si nous prenons les statistiques de la population carcérale camerounaise, nous pouvons, à partir d’elles, avoir une idée des maux qui minent la société camerounaise. Cette idée sera cependant plus précise si nous décomposons cette population carcérale par tranches d’âges, par types de délits, par statuts socio-professionnel et par origine ethnique. Quand, dans le premier cas (statistiques globales) on passerait à côté du fait que plusieurs prisonniers politiques s’y trouvent et que certaines ethnies y sont plus représentées que d’autres, dans le deuxième cas (statistiques identitaires), on ne le louperait pas. Autrement dit, l’instrument statistique permet de savoir en détail « ce qu’il y a » pour orienter le « ce qu’il faut » du politique (son action) vers le « ce qui devrait être » (l’idéal sociétal, étatique ou républicain).

Sans prétendre à l’exhaustivité, deux logiques politiques se développent suivant les cinq tendances ci-dessus. Elles cherchent toutes la cohésion sociale et l’équilibre sociétal, mais s’affrontent sur l’usage officiel ou officieux de statistiques ethniques et/ou identitaires comme arguments présidant au bon calibrage des politiques publiques au sein d’un Etat.

Premièrement, la logique francophone avec pour pays leader la France. Sa quintessence consiste à dire que les statistiques ethniques sont antirépublicaines en ce sens qu’elles entament les fondements idéologiques du projet républicain dans ce qu’il a de sacro-saint à savoir l’égalité de tous les citoyens très souvent mise à mal par la discrimination positive à laquelle aboutissent les implications politiques des statistiques ethniques et/ou identitaires. C’est donc une logique politique qui refuse officiellement la référence et l’exaltation des statistiques ethniques et/ou identitaires, mais les utilisent officieusement et concrètement dans les politiques publiques républicaines. La preuve en est que les chiffres sur la communauté homosexuelle, le nombre de séropositifs, de sans-papiers, de Tziganes, de Français musulmans, le nombre de français de race noire, les chiffres sur la délinquance des Arabes et des Noirs existent dans les services statistiques spécialisés et au sein de plusieurs ONG françaises. En outre, sur le plan concret, l’ouverture de sciences po. aux étudiants des ZEP (Zones d’Etudes Prioritaires) via une sélection spéciale alors que les Français aisés n’y accèdent que par concours, est une politique effective de discrimination positive. Cela montre qu’on ne peut aider plus ceux qui ont moins de chances de réussir dans la vie que si on sait où ils sont, combien ils sont, ceux qui les caractérisent et les problèmes auxquels ils font face : les statistiques ethniques et/ou identitaires le permettent officieusement en France. Cela va même plus loin car les clubs professionnels ont des données anthropologiques sur le caractère des joueurs africains suivant leur origine ethnique. Il nous souvient qu’une interview du célèbre Guy Roux du Club d’Auxerre relata ceci il y a quelques années : les Bassa du Cameroun sont des joueurs puissants physiquement et guerriers dans l’âme quand les Bëti, très souvent de vrais talents purs, sont dépourvus d’un mental de combattant.

Deuxièmement, la logique anglo-saxonne, a pour pays leaders les USA et l’Angleterre. Plus pragmatiques, la culture anglo-saxonne estime que les inégalités et des conditions favorables ou défavorables peuvent favoriser ou défavoriser certains citoyens au sein de l’Etat : appliquer les mêmes règles à des citoyens différents en dotations factorielles revient à consacrer l’inégalité de fait. En conséquence, cela justifie l’usage de statistiques ethniques et/ou identitaires comme instruments permettant de savoir quel est l’ampleur et l’évolution de la discrimination de certains groupes, tant par rapport aux autres groupes au sein de la société, que par rapport aux objectifs de l’Etat. La discrimination positive est dès lors vue comme un pragmatisme politique qui s’adosse sur les informations fournies par les statistiques pour construire une égalité entre citoyens, non plus formelle ou symbolique, mais réelle car basée sur des décisions structurantes nourries des données de terrain. Les sociétés anglo-saxonnes en font donc un usage officiel comme instrument de planification des politiques publiques tournées à la fois vers la connaissance microsociologique et microéconomique des problèmes, leur description détaillée par les statistiques descriptives et inférentielles, et leur résolution par l’exploitation de celles-ci : c’est un moyen pour cette culture de renforcer l’égalité de droit en veillant sur l’égalité de fait. Raison pour laquelle les fiches d’inscription, dans plusieurs universités américaines et anglaises, comportent des cases où, quotas obligent, il faut indiquer si on est Noir, Blanc, Arabe, Jaune, Africain, Américain, Européen etc. L’exemple africain qu’on peut citer ici est celui du Black Economic Empowerment mis en place dans l’Afrique du Sud postapartheid. Son but a consisté à définir des politiques publiques favorables aux Noirs, populations historiquement défavorisées par l’apartheid. Aujourd’hui, même si la pauvreté frappe encore plusieurs Noirs dans ce pays, une classe d’homme d’affaires noirs est née grâce à une politique de crédit discriminante.

* La statistique ethnique n’est pas du tribalisme et ne l’entraîne pas automatiquement : le problème n’est pas l’instrument mais ce que les hommes et les systèmes en font

De ce qui précède, nous pouvons dire :

* que plusieurs pays officiellement ou officieusement font usage des statistiques ethniques et/ou identitaires dans le calibrage des politiques publiques ;

* que la culture politique francophone, avec pour pays leader la France, est plus étatiste, holiste et sensible au respect des grands principes républicains ;

* que la culture politique anglo-saxonne est moins étatiste, plus individualiste et moins dogmatique sur la citoyenneté symbolique ;

* que ces deux cultures politiques cherchent à construire la meilleure société possible.

Autrement dit, l’attitude face aux statistiques ethniques et/ou identitaires, même si ces deux cultures politiques les utilisent, dépend largement de la personnalité historique d’un pays. Dès lors, le devoir de nous autres Camerounais est de trouver un mode de gouvernementalité qui corresponde à notre personnalité historique comme pays. En quoi consiste-t-elle ? Sans être exhaustif et toutes choses égales par ailleurs, nous pouvons, de façon schématique et sommaire, répondre à cette question en disant que le Cameroun est politiquement, économiquement, culturellement et socialement le produit d’une confluence de trois influences civilisationnelles : la culture (civilisation) indigène et/ou autochtone, la culture (civilisation) française et la culture (civilisation) anglaise. Ce portrait minimaliste du Cameroun montre que, par rapport aux statistiques ethniques et/identitaires, la mémoire politique de ce pays regroupe l’héritage politique anglo-saxon et l’héritage politique français auquel il faut ajouter la singularité de l’héritage politique indigène. Ce dernier, si nous voulons être francs envers nous-mêmes, tend à tourner le dos à la solidarité

intercommunautaire pour se réduire au « paradigme du pays organisateur ». C’est-à-dire à la conception et à l’usage des statistiques ethniques et/ou identitaires et de leurs référents, non comme des instruments et des points d’appuis pour renforcer l’Etat et le projet républicain, mais comme des moyens de défendre ou de favoriser son ethnie en clouant les autres ethnies au pilori : d’où la récurrence d’une indignation non républicaine mais très souvent tribale.

En effet, une fois les objectifs d’équilibre régional intégrés dans le projet éducationnel et sociétal de l’UCAC, l’existence de la note de Mgr. Bakot devient une pratique routinisée car au service de la réalisation des objectifs connus et déclarés d’une institution. C’est là la preuve que ce n’est pas l’instrument statistique le problème car le tôlée qu’entraîne cette note est le résultat de ce qu’un système politique et des hommes peuvent « faire faire » et « faire dire » a tout instrument quel qu’il soit. Cela est une preuve que l’usage des statistiques ethniques et/ou identitaires ne peut être au service de l’humain, de l’égalité, de la cohésion sociale et de la lutte contre toutes les formes de discrimination que si l’appareil politique et étatique qui les utilisent est démocratique. C’est la démocratie qui permet à tous les citoyens de connaître quels sont les objectifs des politiques publiques, quels sont les instruments qui sont mobilisés pour les atteindre et quelles sont les modalités d’application. C’est aussi la démocratie qui donne les moyens aux citoyens de se plaindre et de voir leurs plaintes examinées avec sérieux, équité et justice. Sans démocratie, les statistiques ethniques se réduisent à jouer à la roulette russe pour tous les Camerounais.

Dès lors, étant donné que l’équilibre régional se présente comme un argument omniprésent au sein des institutions camerounaises (africaines ?) et des politiques publiques qui en découlent depuis son indépendance, étant donné que notre culture politique est riche des legs anglophone et francophone quant à l’usage des statistiques ethniques et/ou identitaires, étant donné que la culture indigène et/ou locale des statistiques ethniques ne se situe pas dans la philosophie de fournir un argument supplémentaire au renforcement des objectifs collectifs, il nous semble que notre mode de gouvernementalité pour demain, c’est-à-dire l’art de gérer les hommes et les choses pour bâtir un projet collectif sous contrainte de leurs caractéristiques dans un territoire donné, devrait être une stylistique démocratique d’un pouvoir politique qui utiliserait ouvertement des statistiques ethniques et/ou identitaires pour atteindre des objectifs connus de tous et validés par eux démocratiquement : équilibre régional ; lutte contre toutes les formes de discrimination ; promotion de la citoyenneté camerounaise réelle. Un tel mode de gouvernementalité serait légitime, non seulement parce qu’il serait validé par les Camerounais et existerait ou refusé par eux et n’existerait pas, mais aussi parce qu’il s’appuierait à la fois sur le pragmatisme anglo-saxon (regard des problèmes sociétaux par le bas et les détails anthropo-sociologiques et politiques) et l’idéalisme français (renforcement de l’idéal républicain par l’exaltation des comportements citoyens et de la citoyenneté par l’éducation institutionnelle à celle-ci). Il nous semble que des choses claires telles que nous essayons de les esquisser, sont meilleures que certaines pratiques comme la demande impérative il y a quelques temps des élites du Nord-Cameroun exigeant que leurs enfants soient prioritaires à l’ENS quels que soient leurs résultats au concours en sanctionnant l’admission.

* Quelles balises pour y parvenir sans dérapages ?

Instrument de regroupement d’informations pour aider à la décision et au calibrage des politiques publiques, un mode de gouvernementalité made in Cameroon n’en serait pas un s’il n’imaginait des balises de sécurité ou des corridors dans son entendement comme un tout systémique organisant et organisateur. Cela est primordial car l’outil statistique contribue à façonner l’espace public au sens d’espace de débat ouvert et collectif. La démocratie dont nous parlons est donc la première condition à remplir si on veut utiliser cet instrument dans le

sens de la lutte contre tous les formes de discrimination et d’inégalités. C’est une assemblée nationale démocratique, c’est-à-dire un débat public libre ou alors un référendum qui peuvent décider de l’usage des statistiques ethniques et/ ou identitaires dans la construction de l’idéal républicain en tenant compte des legs civilisationnels sus évoqués. La statistique, dans toutes ses formes, ne deviendrait une condition favorisante du débat démocratique et du débat éclairé camerounais que lorsque, d’un commun accord, les Camerounais l’accepteront démocratiquement comme un moyen moderne à ajouter à la boîte à outils étatique nécessaire à l’édification de leur citoyenneté réelle. C’est uniquement dans ce cas qu’elle deviendrait un baromètre donnant des tendances lourdes sociétales nécessaires à la perfection de la décision républicaine. Il va donc sans dire que c’est l’Etat de droit l’acteur par excellence qualifié pour définir et encadrer l’instrument statistique, son langage, ses implications cognitives et sociétales.

Raison pour laquelle c’est une indignation républicaine et non une indignation tribale ou tribaliste qui devrait motiver la mise en agenda politique et sur la place publique le débat sur l’usage des statistiques ethniques et/ou identitaires dans les politiques publiques camerounaises. C’est seule une indignation républicaine qui permettrait de déterminer sereinement ce qui est de l’ordre du public, de l’ordre du privé, de l’ordre de l’interdit et de l’ordre du pénal dans l’usage du langage et de l’instrument statistique. C’est une indignation républicaine qui permettrait de ne pas tomber dans le fétichisme de l’instrument par dérive vers une gouvernance métrique par les nombres et l’appauvrissement ontologique de la politique qui en découle : ce n’est pas la statistique qui produit l’offre politique d’un pays mais c’est cette offre politique qui la façonne et s’y appuie dans une deuxième étape évaluative et cela de proche en proche pour s’ajuster suivant ses objectifs.

L’indignation tribale dénonce les statistiques ethniques mais argumente en faveur de son ethnie en se basant sur elles. Donc, sans la démocratie, sans démocrates, sans indignation républicaine, le manque de raisons à la raison d’Etat s’épaissit et l’indignation tribale aidant, oriente l’objectif d’équilibre régional vers « l’effet bikini » : le bikini donne une idée mais cache l’essentiel…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>