Des malades attendent les dons les larmes aux yeux
A l’occasion de la 57ème Journée mondiale d’élimination de la lèpre, ils se sont retrouvés hier à l’hôpital Jamot de Yaoundé.
Hier, dernier dimanche du mois de janvier, s’est célébrée la 57ème édition de la journée mondiale pour l’élimination de la lèpre. A cette occasion, une centaine de malades, anciens malades et handicapés de la lèpre, réunis pour la plupart au sein de l’Association nationale des handicapées anciens lépreux du Cameroun (Anhalcam) se sont retrouvés au village des lépreux de l’hôpital Jamot de Yaoundé, dans l’attente d’éventuels dons.
Derrière la cuisine du village désormais fermée, des dons sont entreposés au pied d’un manguier, au fur et à mesure qu’ils arrivent : sacs de riz, cartons de vin rouge, paquets de vêtements, sacs de sel, boîtes d’allumettes, les cadeaux sont divers. Ils seront distribués à la fin de la journée. Les donateurs sont priés d’inscrire leurs noms dans un registre. Ce sont des personnes de bonne volonté qui viennent spontanément, des associations, des communautés religieuses… A côté, un disc joker, fils d’un ancien malade de la lèpre, a installé des appareils musicaux qui diffusent de la musique à des centaines de mètres à la ronde. Ici, Lady ponce et Tsimi Toro tiennent une place de choix, pour le plus grand bonheur de l’inlassable Marie Antoinette Mendomo. Fille de lépreuse, elle est la seule qui danse, et tous les malades et handicapés de la lèpre ont le regard tourné vers elle. Spectacle qui ne réussit pas à chasser la tristesse sur ces visages fatigués et souffrants.
Le regard usé par la maladie, Joseph Dominique Essouma, handicapé de la lèpre, raconte que la journée mondiale pour l’élimination de la maladie n’est plus ce qu’elle était. « Avant, les pouvoirs publics et les associations organisaient des collectes de dons dans plusieurs carrefours de la ville, dans les églises, les marchés et même dans les écoles. Nous étions plus de 1 000 personnes à nous réunir ici. Aujourd’hui, nous sommes à peine 100 ». Amer, il soutient que le déclin vient de ce que « le gouvernement a déclaré qu’au Cameroun, la lèpre était éliminée. Dans l’esprit des gens, il n’y a plus de lépreux au Cameroun. On oublie qu’il y a les mutilés de la lèpre qui ont besoin d’aide ». Zacharie Ossoga, handicapé de la lèpre, est plus virulent : « C’est un faux-fuyant que les pouvoirs publics ont adopté pour ne plus nous prendre en charge. C’était différent lorsque le village de la lèpre existait encore à l’hôpital Jamot ».
370 nouveaux cas dépistés
En effet, le village des lépreux n’est plus qu’un souvenir qui demeure heureux dans l’esprit de plusieurs anciens malades. « Les dernières personnes sont parties d’ici il y a trois ans pour retourner dans leurs familles », explique Joseph Dominique Essouma. Le plan stratégique d’élimination de la lèpre pour le Cameroun prévoyait un ensemble d’activités de réinsertion économique et sociale des handicapés de la lèpre et leur retour en famille. Les pensionnaires des léproseries du Centre Jamot, de Ngalan et de Nden avaient alors bénéficié d’appuis financiers qui devaient faciliter cette réinsertion. A l’occasion de cette 57ème journée mondiale dont le thème est « Le Cameroun sans lèpre », le Programme national de lutte contre la lèpre a annoncé qu’en 2009, 370 nouveaux cas de lèpre ont été dépistés. Ce qui ne fait pas de la maladie un problème de santé publique. La lèpre a été éliminée au Cameroun (selon l’Oms, on parle d’élimination de la maladie lorsqu’un pays a atteint le taux de prévalence d’un cas pour 10 000 habitants). L’ambition aujourd’hui est de l’éradiquer.
Stéphanie Dongmo
C’est quoi la lèpre ?
La lèpre est une maladie contagieuse due au bacille de Hansen (un bacille de la famille du bacille de la tuberculose, Koch). Elle se transmet à partir des gouttes de salive et/ou des plaies d’un malade porteur de la lèpre. La lèpre touche les nerfs périphériques, la peau, les muqueuses et provoque des infirmités sévères. L’Organisation mondiale de la santé (Oms) a enregistré, en début 2009, 213 036 nouveaux cas de lèpre dans 121 pays dans le monde et soutient que la prévalence mondiale de la maladie reste stable (autour de 1/100 000 habitants). Les signes cliniques de la lèpre sont des douleurs, des crampes, des taches sans sensibilité plus claires que la couleur de la peau. La lèpre est une maladie guérissable et un traitement précoce permet d’éviter les incapacités. Aujourd’hui, elle se traite pendant 6 à 12 mois au moyen de la polychimiothérapie (Pct). Ce traitement, estimé très efficace, comprend trois médicaments dont l’association détruit l’agent pathogène : la dapsone, la rifampicine et la clofazimine. Selon l’Oms, les pays à forte endémicité sont l’Angola, le Brésil, l’Inde, Madagascar, le Mozambique, le Népal, la Centrafrique, la République démocratique du Congo et la Tanzanie.
S.D. (Source : www.who.int)
Georgette Prévoce Gaston Nlang : La porte-parole des malades
Présidente de l’Association des personnes handicapées de la lèpre, elle milite au quotidien pour une meilleure prise en charge de ses pairs.
La soixantaine, c’est avec assurance que la présidente de l’association des personnes atteintes de lèpre s’exprime sur le quotidien de ses pairs. A l’occasion des festivités relatives à la Journée mondiale de l’élimination de cette maladie célébrée hier, dimanche, Georgette Prévoce Gaston Nlang revient sur la prise en charge et la réinsertion des malades de la lèpre au Cameroun. « De plus en plus, les responsables de la prise en charge renvoient certains malades au quartier lorsqu’ils constatent que leur état de santé s’améliore», dit la présidente. Elle poursuit : « Il y a deux semaines, j’ai usé de mes prérogatives de présidente pour faire réintégrer au sein de l’association un malade de la lèpre abandonné dans une gendarmerie dans un état déplorable, du fait de ces plaies inguérissables. Où voulez que quelqu’un qui a quitté les siens depuis 30 ans, qui n’a pas fait d’enfants et est célibataire puisse aller ? » s’interroge t-elle.
L’unique traitement de lutte contre la lèpre étant la poly chimiothérapie, Georgette Gaston Prévoce Nlang pense que beaucoup reste à faire pour les malades, en général, et les handicapés lourds, en particulier. Son cri du cœur, destiné aux autorités en charge de la santé et du ministère des Affaires sociales, est le suivant : « Nous savons que le gouvernement réagit en fonction des rapports qui lui sont dressés, or, ce que ceux-ci disent est très souvent contraire à ce que nous vivons. Que ces autorités se rapprochent de nous pour voir l’ampleur de nos souffrances ».
L’autre souhait de Georgette Prévoce Gaston Nlang est que le gouvernement autorise la réouverture du centre de chirurgie des malades logé derrière le Comité de lutte contre le cancer, à Mballa 2, Yaoundé. « Certains médecins continuent d’y recevoir des malades en catimini », soutient-elle.
Georgette Prévoce Gaston Nlang, que les malades appellent affectueusement maman, ne sert pas que d’interface entre le gouvernement et les malades, surtout à l’occasion des journées solennelles comme celle d’hier, mais elle apporte aussi du sien dans l’amélioration du quotidien des malades. Aussi organise-t-elle de temps en temps des causeries éducatives. Aveugle et mutilée des doigts, elle donne aussi du réconfort à ceux qui ont perdu espoir de guérir.
Rosine Nana Motio
Maroua : Un marché tenu par les femmes
Loumo Babba est ouvert tous les dimanches.
Installé le long de la route qui sépare le quartier Barmaré du marché central de Maroua, le marché de Loumo Babba se tient chaque dimanche. Les femmes de diverses régions du Cameroun et des pays voisins s’y retrouvent pour acheter des articles d’ameublement, des ustensiles de cuisine, des tapis, des objets d’ornement, de la farine de mil, du sésame du riz produit localement ou du savon fait à base de résidu d’huile produit par la Sodecoton. Les clientes sont toujours nombreuses.
Selon la plupart des vendeuses, les articles vendus dans ce marché sont soit de seconde mains, soit importés du Nigeria, des Emirats Arabes Unis et du Tchad pour les produits cosmétiques traditionnels tels que : le nallé et le doukane (parfums traditionnels). Certains pensent même qu’il s’agit de cadeaux reçus par des femmes à l’occasion d’un mariage ou d’un baptême. Tout ceci est proposé à des prix accessibles. Que ce soit pour la vaisselle ou encore pour les pièces de pagne dont les prix varient entre 1500 et 150.000 Fcfa selon la qualité des articles. Beaucoup de parents et de jeunes filles en profitent pour y préparer leur mariage. Cependant, la provenance des marchandises n’est pas toujours acceptée de tous. « Nous sommes accusé par certains gros commerçants de racheter les produits saisis par la douane aux commerçants véreux. C’est faux ! », fulmine madame Fané, porte parole des revendeuses du marché Loumo Babba.
Pour Sali, le percepteur de la communauté urbaine de Maroua, le marché Loumo Babba « est le seul qui soit rentable parmi tous les autres marchés que compte la ville de Maroua. Les femmes, ici, ne dérangent pas, elles payent les taxes sans problème. Il m’arrive de faire parfois le chiffre de 40.000 Fcfa, les dimanches », affirme-t-il.
Crée il y a une vingtaine d’années par un groupe de veuves, le marché Loumo Babba est aujourd’hui l’unique marché où 99% de commerçants sont des femmes. Elles ont d’ailleurs rencontré le gouverneur de la région de l’Extrême Nord pour lui exprimer leur opposition de voir les hommes vendre dans ce marché très florissant. Demande rejetée par le gouverneur d’alors, M. Victor Eyéné Ossomba. Une dizaine d’hommes y vend ainsi, tous les dimanches, au milieu de plusieurs dizaines de femmes de la viande, de la friperie et des produits cosmétiques.
Adolarc Lamissia. Le Jour











