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Yaoundé: André Mama Fouda (Ministre de la Santé) arrache les biens de son employé de maison


Ecrit Par le 23 Nov 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Société


André Mama Fouda sera-t-il bientôt entendu par la justice? Le ministre de la Santé publique est l’objet d’une plainte avec constitution de partie civile déposée par l’un de ses anciens employés.

Employé de maison pendant 24 années chez André Mama Fouda, M. Jean Letni accuse son patron d’avoir usé de manœuvres illicites pour lui extorquer sa signature afin de confisquer ses biens. La plainte, qui a été reçue le 28 août 2012 au cabinet du procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Mfoundi, n’a pas encore produit son plein effet. Vu la qualité de M. Mama Fonda, membre du gouvernement de la République en fonction, la Justice attend encore des instructions du ministre de la Justice pour autoriser la poursuite de l’enquête à travers l’audition de l’accusé.

André Mama Fouda

André Mama Fouda

La plainte de M. Letni part d’une affaire assez curieuse. Le 31 mai 2012 en effet, M. Mama Fouda se plaint de la disparition d’une importante somme d’argent chez lui au quartier Obobogo: Combien? Mystère. La somme semble importante pour imposer le silence au Ministre. Ses soupçons se dirigent vers son personnel de maison: MM. Letni, Ernest Ndi son cuisinier et Joseph Olama. Il saisit ce jour-là le commissariat du 7ème arrondissement de Yaoundé qui interpelle aussitôt l’employé de maison, son épouse, Mme Anne Lamissa ainsi que le cuisinier.

M. Olama, pour sa part, réussit à prendre la fuite. Les suspects vont séjourner dans les cellules du commissariat jusqu’au 6 juin 2012. Pendant cette période, des sévices corporels cruels leur sont administrés. La torture laisse des marques visibles, notamment sur les poignets de M. Letni qui semble avoir été ligoté comme du bétail destiné à l’abattoir. Le certificat médical qui lui est décerné à la suite des soins reçus après sa mise en liberté lui accorde une incapacité temporaire de 20 jours.

EXTORSION DE SIGNATURE

En fait, le couple Letni n’a mis un terme aux sévices qu’en acceptant, sous la menace et dans la douleur, de signer deux actes notariés au profit du ministre Mama Fouda. Le premier porte «dation en paiement et cession de deux immeubles» situés l’un à Soa et l’autre à Ahala. Le second homologue un protocole d’accord par lequel le vigile remet à son patron Mama Fouda tous les biens meublant sa maison de Ahala. Pendant sa détention, peut-on lire dans la plainte du vigile rédigée par les soins de son avocat, Me Maxime Kolwe C., il a été proposé à M. Letni «de donner quelque chose pour espérer être en liberté… surtout les deux maisons que les enquêtes ont révélé lui appartenir et qui sont proportionnellement inverses à ses revenus». L’avocat précise que «faisant contre bon cœur, mauvaise fortune, M. Letni Jean a dû se résigner et s’est rendu, sous haute escorte policière, signer les deux actes au cabinet de Me Menye Ondo François Xavier», le notaire.

Le procureur de la République va transmettre la plainte à la Direction de la police judiciaire pour mener l’enquête. Mais, le 3 septembre 2012, M. Jean Letni appose sa signature sur une «lettre d’excuses» dactylographiée et adressée à M. Mama Fouda dans laquelle l’employé de maison reconnaît le vol perpétré au domicile du ministre de la Santé publique. «Je vous demande sincèrement pardon, et s’il m’arrivait d’être encore un des vôtres je ne poserai plus jamais ce genre d’acte», peut-on y lire.

C’est un rebondissement surprenant d’autant que M. Letni a toujours nié les faits de vol au contraire du cuisinier de M. Mama Fouda, qui était passé aux aveux complets. Qui a rédigé la correspondance attribuée à M. Letni quand on sait qu’il n’a pas les moyens intellectuels pour le faire ? Pour Me Kolwe C., c’est «M. Mama Fouda (qui) a fait fabriquer une lettre d’excuses que M. Letni Jean a signé hors de la présence de son avocat». La sous-direction des enquêtes criminelles de la direction de la police judiciaire, chargée de l’enquête, va essayer de profiter de la «lettre d’excuses» pour intimider le vigile.

LA PJ ACCUSÉE DE PARTIALITÉ

Le 30 octobre 2012, au cours d’une audition policière portant sur les circonstances de la signature des actes notariés dénoncés par le vigile, la police judiciaire «insinue», selon l’avocat de M. Letni, que ce dernier «devait répondre des faits de chantage, diffamation et menaces sous condition». Chose curieuse. A la suite de diverses mesures prises par Me Kolwe C. pour dénoncer ce qui était arrivé à son client, notamment une correspondance adressée à M. Mama Fouda, Me Paul Ndoumou, avocat du ministre de la Santé publique, avait déjà agité la menace de réactiver la procédure pour vol ouverte au commissariat du 7ème arrondissement contre le personnel du ministre. L’avocat de M. Letni voit dans la démarche de la police judiciaire une collusion avec M. Mama Fouda.

Dès le lendemain, l’avocat a adressé une lettre à la Police judiciaire avec copie au procureur général près la Cour d’appel du Centre : «En procédant, écrit-il, à l’audition de Letni Jean le 30 octobre 2012 sur les infractions sus relevées (Ndlr: chantage, diffamation et menaces sous condition) alors que vous n’osez même pas entendre le mis en cause, vous avez démontré que votre enquête n’est plus crédible. Vous soutenez ouvertement M. Mama Fouda André, parce que vous soutenez la même chose que son avocat et, par conséquent, vous participez d’une manière ou d’une autre à exercer une violence morale sur Letni Jean pour qu’il ne réclame plus ses biens confisqués par des procédés mafieux».

BANOUE A DOMICILE

En attendant le sens que prendra désormais l’enquête, cette affaire ne manque pas de susciter des questions au sujet de la Justice dans notre pays. D’abord, en supposant même que M. Letni ait été auteur ou complice du coup de vol dont se plaint légitimement le ministre de la Santé publique, qu’est-ce qui justifie que son épouse soit gardée à vue une semaine durant, et contrainte de laisser en errance ses petits enfants? Pourquoi M. Mama Fouda, qui ne bénéficie d’aucune immunité judiciaire, n’a-t-il pas été auditionné par la police jusqu’ici? Quel sort est-il réservé au personnel policier du commissariat du 7ème arrondissement de Yaoundé, coupable des violences cruelles qui ont laissé des impacts visibles sur le corps de M. Letni?

Par ailleurs, combien M. Mama Fouda a-t-il perdu en espèces sonnantes et trébuchantes chez lui pour justifier, même par extraordinaire, la confiscation des deux maisons appartenant à son vigile avec leur contenu? Le secret bien entretenu autour de ce qui apparait comme le nœud de l’affaire semble suspect. D’ailleurs, début 2012, l’hebdomadaire Repères révélait que le ministre Mama Fouda a l’habitude de garder d’importantes sommes d’argent chez lui. Il relatait alors une scène vécue en 2009. Un accident de train survenu au quartier Obobogo déclenche un incendie qui menace de consumer la résidence de l’ancien directeur de la Maetur. Informé alors qu’il se trouve déjà à son bureau, il rapplique dare-dare à la maison pour coordonner la sécurisation de son argent. «Je n’ai jamais vu autant d’agent de ma vie. On a mis en lieu sur huit sacs contenant des billets de banque», se souvient un ancien employé. Décidément, le ministre Mama Fouda n’aime pas les banques. Et il a ses raisons.

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