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Yaoundé: La police perturbe la conférence de presse de Maurice Kamto – Le Sous-Préfet de Yaoundé III explique pourquoi il a interdit la conférence de presse du MRC

Le Jour

Ecrit Par le 14 Aug 2012 Publié dans la categorie: Actualités, Politique


Une cinquantaine de personnes attendent déjà dans une salle du premier étage de l’hôtel Hilton de Yaoundé. Il est 10h, ce lundi 13 août 2012. Tous viennent assister à la conférence de presse de lancement officiel des activités du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc). Alain Fogué, enseignant d’université et président par intérim du Mrc, est arrivé une heure plus tôt au Hilton. A l’entrée du palace, il accueille lui-même les invités et les journalistes. Son téléphone ne le quitte pas ; il rassure ses interlocuteurs quant au démarrage imminent de la conférence de presse.

10h15. Le sous-préfet de Yaoundé III fait irruption à l’hôtel Hilton. Armé d’un talkie-walkie qui n’arrête pas de grésille, il a les traits tirés comme subitement arraché d’un sommeil. Il est accompagné de policiers, avec, à leur tête, le commissaire Ondo. Il rencontre Alain Fogué et lui signifie que la conférence de presse du Mrc est interdite. Le président du parti s’emporte. S’en suit un échange rude avec le sous-préfet de Yaoundé III, Albert Mekondane Obounou, celui-là même qui a délivré l’autorisation de manifestation publique et qui, quelques minutes avant son démarrage, vient l’interdire.

« Monsieur, tempête Alain Fogué en direction du sous-préfet, les intimidations sont terminées. La peur doit changer de camp. Cette conférence de presse aura lieu, ici au Hilton ! Où est donc la République exemplaire dont parlait Biya dans son discours ? Si j’avais organisé une réunion de soutien à monsieur Biya, sa femme et ses enfants, l’auriez-vous interdite ? Honte à vous ! »

Ambiance

Le sous-préfet ne pipe mot. L’ambiance est surchauffée dans le hall du Hilton. Les journalistes et autres cameramans accourent. Les clients de l’hôtel aussi. Les propos de désapprobation de l’attitude de l’autorité administrative fusent. « Le Cameroun en est à ce niveau-là ? », se demande Sindjoun Pokam, indigné. « Libérez l’hôtel ! », crie un policier. Et un avocat de lui rétorquer : « A ce rythme, vous allez aussi nous demander de libérer le Cameroun. C’est quelle histoire ça ! » « Le Cameroun n’est même pas un Etat totalitaire, commente le politologue Njoya Moussa, présent à l’hôtel Hilton. Dans un pays fermé comme la Chine, ils ont des lois liberticides, certes, qu’ils respectent au moins. Donc c’est un Etat de droit où les gens respectent au moins les institutions qu’ils se sont données. Ce qui n’est pas le cas du Cameroun. Comment peut-on comprendre que chez nous, une autorité administrative délivre une autorisation de manifestation et revienne la retirer à l’heure de la cérémonie ? »

Pendant ce temps, le président du Mrc, Alain Fogué, continue de rassurer ses invités et les nombreux journalistes présents à l’hôtel Hilton de Yaoundé. « Cette conférence de presse aura lieu. Rassurez-vous. Nous ne sommes pas un parti de voyous. Nous avons régulièrement obtenu l’autorisation de manifestation publique. Il n’y a donc pas de raison qu’elle soit interdite. Que ceux qui sont venus pour la conférence de presse montent dans la salle. Nous allons bientôt commencer », dit-il avant de prendre les devants, d’un pas décidé, vers la salle du premier étage de l’hôtel Hilton. Il est suivi par les invités.

Pénombre

Des renforts de la police arrivent à l’hôtel Hilton. Ils sont armés de matraques, l’air menaçant. Ils bloquent l’escalier qui mène au premier étage. Plus personne ne monte. Des journalistes, des invités et autres curieux sont interdits d’accès.

Maurice Kamto, militant du Mrc attend à l’entrée de la salle où doit se tenir la conférence de presse. Il est vêtu d’une énorme gandoura bleue ciel et coiffé d’une chéchia assortie. Après quelques échanges avec ses collaborateurs, il consent à entrer et rejoint quelques happy fews qui ont réussi à braver la présence policière. Alain Fogué a-t-il à peine commencé à lire la déclaration du Mrc que la police ordonne que les micros soient coupés. Puis, l’électricité. La suite de la déclaration et des échanges se poursuivra dans la pénombre.

Des partis alliés au Mrc et autres membres de la société civile déclarent solennellement leur adhésion à cette nouvelle formation politique. Il en est ainsi du Pap de Paul Ayah, député à l’Assemblée nationale, de Fabien Assigana du Morep, de Franck Hubert Ateba de l’Ong Afrique avenir, de Martin Ambang, président régional du Sdf pour le Centre et membre du Nec, etc.

Démission

De nombreux avocats sont présents dans la salle, ainsi que des militants du Rdpc. « Nous avons d’autres partis alliés qui devaient être là, mais que la police a empêché d’entrer », regrette Alain Fogué, lui-même retenu à l’extérieur après qu’il a quitté la salle de la conférence, juste pour s’occuper d’une invitée frappée d’un malaise. « Vous répondrez de vos actes et je répondrai des miens », lance le sous-préfet Albert Mekondane Obounou avant de quitter l’hôtel Hilton.

11h45. La conférence de presse – ou ce qui en tenait lieu – du lancement officiel des activités du Mrc vient de s’achever. Maurice Kamto et ses invités sortent de la pénombre et rejoignent la lumière. Il est assailli par une foule de journalistes qui faisaient le pied de grue dans le hall de l’hôtel Hilton et à l’entrée. Les flashs des appareils photos crépitent. « Tout a été dit à l’intérieur. Every thing has been said inside », lance-t-il à des journalistes qui veulent absolument lui arracher quelques mots. Il s’engouffre péniblement dans une voiture qui l’attendait et s’en va.

Rien ne sera donc facile pour le «prof» Kamto. Après sa démission du gouvernement le 30 novembre 2011, une conférence de presse qu’il voulait tenir, dans la foulée, en janvier 2012, fut interdite. Celle d’hier a été perturbée par la police. De là à pousser ses partisans à se demander hier au Hilton : « Qui a peur du professeur Kamto ? »…

Jean-Bruno Tagne

Déclaration officielle du Mrc à l’occasion de la conférence de lancement du 13 août 2012: «L’union fait la force»

Face aux enjeux vitaux du Redressement et de la Prospérité du Cameroun ;
Considérant, cinquante deux ans après les « indépendances », la situation de profonde misère morale, politique, économique, sociale et culturelle de notre pays;

Considérant, depuis le début des années 1990, l’impossibilité manifeste des partis de l’opposition pris isolément, à se mettre en capacité de réaliser, enfin, un véritable changement de système au Cameroun ;

Considérant le pressant message du Cameroun profond, invitant les acteurs politiques promoteurs d’une véritable alternative à s’unir et à se fondre dans le cadre d’une robuste organisation politique implantée à travers tout le pays et au sein de la diaspora camerounaise ;

Considérant les obstacles liés aux égoïsmes individuels et aux manœuvres de division, toutes choses qui, pendant trop longtemps, ont entravé toutes les tentatives d’union des forces de l’opposition ;

Considérant la nécessité de consolider le socle de l’unité nationale mise à mal par des pratiques de division et de haine entre les communautés, en trouvant, dans le cadre de la dynamique nouvelle, des réponses adéquates concertées aux préoccupations exprimées en particulier par les populations des régions anglophones du pays ;

Considérant la nécessité de promouvoir les valeurs républicaines notamment de justice, d’intégrité, de travail, de fraternité et de liberté, et l’impératif d’impulser une puissante prise de conscience nationale des défis redoutables qui se dressent devant le Cameroun ;

Conscients de l’urgence à mobiliser et à mettre en mouvement l’ensemble des forces vives et des bonnes volontés du pays et de la diaspora, pour
relever les défis d’un décollage économique solide et durable, assurant une prospérité partagée à l’intérieur et une puissance respectée à l’extérieur ;
Affirmant notre volonté de placer la gestion de la chose publique au Cameroun sous le signe de la probité et de la bonne gouvernance ;

Nous, partis politiques, organisations et personnalités de la société civile, hommes, femmes et jeunes issus de divers horizons socioculturels, linguistiques et professionnels, avons, d’un commun accord, et dans un élan patriotique, décidé de fusionner nos structures et nos capacités, pour créer un grand parti politique dénommé « Mouvement pour la Renaissance du Cameroun », en abrégé MRC.

Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun est structuré autour d’un pragmatisme idéologique porté par les valeurs républicaines, patriotiques et panafricanistes sur le plan politique, la liberté d’entreprendre dans un cadre sécurisé par un Etat stratège sur le plan économique, et un humanisme profond reposant sur une puissante solidarité nationale et le partage équitable des fruits de la prospérité nationale sur le plan social. Il s’agit là de la grande synthèse des principaux courants de pensée qui ont structuré le progrès des peuples à travers l’histoire et qui sous-tend la Grande Vision de la Renaissance nationale.

Dès aujourd’hui, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun invite toutes les Camerounaises, tous les Camerounais à la mobilisation.

Nous devons quitter nos peurs ! Nous devons surmonter nos égoïsmes ! Nous devons dépasser les diktats du fatalisme ! Unissons-nous et agissons !

Que Dieu bénisse notre pays! Vive le Cameroun !

Le Président de la Coordination provisoire du MRC

Fait à Yaoundé, le 13 août 2012

Albert Mekondane Obounou: «Il y a eu vice»

Le sous-préfet de Yaoundé III explique pourquoi il a interdit la conférence de presse du MRC.

Pourquoi avez-vous autorisé la conférence de presse du Mrc que vous venez interdire à l’heure où elle doit se tenir ?

La raison est simple. Nous avons été saisi par monsieur Tédom, président d’un parti politique et non pas d’une coordination de partis politiques. Vous voyez bien la nuance. Il y a eu vice.

Entre le temps où vous avez signé l’autorisation de manifestation publique et la tenue de la manifestation, pourquoi n’avez-vous pas fait les vérifications qui s’imposaient ?

Nous nous sommes tenus à la bonne foi de monsieur Tédom contenue dans sa déclaration et autres, qui nous a permis de croire que c’est une manifestation qui allait de soi. Il n’y avait pas de problème. Mais le plus curieux c’est que, alors que nous nous attendions à une affaire d’un parti, on parle plutôt d’une coalition de partis politiques. Ce qui n’est pas normal.

Propos recueillis par J-B. T.

Alain Fogué, président du MRC: «Ils sont hors de la République»

Nous avons été surpris de voir qu’il y a des gens dans cette République qui veulent mettre le pays à mal en violant le respect de la loi. Nous sommes du côté de ceux qui respectent la loi. Nous avons un parti reconnu par l’autorité compétente, le Minatd, nous avons une réunion régulièrement déclarée au sous-préfet de Yaoundé III, qui nous a donné un récépissé. Nous ne comprenons pas que ce matin, la police arrive avec le même sous-préfet pour essayer d’interdire notre manifestation. Nous, nous sommes dans la République et eux, ils sont en dehors. Leur manège n’a pas marché. Ils veulent que nous allions dans la rue. Nous ne voulons pas être instrumentalisés. Nous avons un programme politique dont nous parlerons avec les Camerounais très bientôt. S’il y en a qui veulent voir la rue se soulever, qu’ils ne prennent pas prétexte de la venue du Mouvement pour la renaissance du Cameroun pour créer un incident. Annoncez aux Camerounais que la peur doit les quitter. Il n’est plus question de renoncer à nos droits. Nous devons revendiquer nos droits conformément aux lois en vigueur dans la République.

Franck Hubert Ateba, militant du MRC: «Nous allons nous battre»

Je suis l’un des acteurs qui ont, depuis 11 mois, travaillé sur la mise en place de ce nouveau cadre pour appeler à la renaissance de ce pays. Je suis membre fondateur de ce projet. Ce qui s’est passé avec la police ce matin n’est qu’une raison supplémentaire pour se battre avec la dernière énergie, afin qu’enfin, les Camerounais puissent vivre dans la paix, la liberté et dans une société démocratique. Nous allons nous battre pour offrir au peuple camerounais ce qu’il mérite.

Saint Eloi Bidoung, militant du Rdpc: «La honte»

Le président Biya a dit dans plusieurs discours qu’il souhaitait qu’on garde de lui qu’il est l’homme qui a apporté la démocratie à son pays. Cette conférence du Mrc témoigne de la dynamique démocratique qui règne dans ce pays. Hélas ! l’autorité administrative a choisi la honte. Nous avons été invités – plusieurs membres du comité central du Rdpc sont avec moi -, pour écouter des compatriotes qui ont quelque chose à dire. Peut-être s’agit-il du même message que celui du Rdpc ou d’un message différent, nous voulons les écouter et c’est pour cela que je suis là. Cette interdiction n’honore ni le président de la République, ni le sous-préfet qui célèbre son incompétence en plein jour, ni le Rdpc qu’on accuse déjà d’avoir manœuvré.

Okala Ebodé, militant du MRC: «Une manifestation de la dictature»

Il m’a semblé, après avoir longtemps travaillé dans le cadre de la société civile, que le temps était venu de m’engager politiquement et de manière concrète. J’ai observé la scène politique nationale et il m’a semblé juste de travailler avec une formation politique vierge de toute récrimination. Le Mrc me semble le cadre idéal pour exprimer mon engagement. C’est une fusion de partis politiques qui entendent se mettre ensemble, conquérir le pouvoir et changer la donne au Cameroun.

L’interdiction de notre conférence de presse est une manifestation claire de la dictature que nous vivons au Cameroun. Nous sommes en dictature. C’est dommage. Le Cameroun refuse d’évoluer. Mais le 13 août doit rentrer dans l’histoire comme le jour où les acteurs politiques ont cessé d’avoir peur de la police. Qu’ils se rappellent qu’en Egypte, sous Moubarak, et en Tunisie, sous Ben Ali, la police avait les mêmes agissements. On connaît la suite.

Propos recueillis par J-B. T.

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